OPINION. « Des lions, du sport et du droit », par Charles-Stéphane Marchiani, avocat

L'avocat Charles-Stéphane Marchiani.
LTD/DR

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À l’occasion de l’Aïd-El-Adha, le roi du Maroc a décidé de gracier les supporteurs sénégalais condamnés à la suite des violences qui ont entaché la finale de la Coupe d’Afrique des Nations 2025 (CAN). Quinze supporteurs sénégalais encore détenus ont pu rentrer chez eux alors que certains devaient encore purger de longs mois de détention.
Cette mesure de clémence est sous-tendue par les « relations séculaires fraternelles » qui lient ces deux nations, la République du Sénégal et le Royaume du Maroc. Elle montre qu’entre ces deux pays, l’estime et la bienveillance, représentent depuis toujours des valeurs partagées.
Cette décision éclaire également l’action marocaine initiée devant les organes compétents de la Confédération africaine de football (CAF), et aujourd’hui portée devant le Tribunal arbitral du sport (TAS) à Genève. Elle illustre, en effet, la volonté de tourner la page d’une polémique sportive passionnée pour laisser place à l’intervention d’une décision de justice, sereine et argumentée.
Les images firent le tour de la planète tant elles étaient insolites et regrettables. Le 18 janvier dernier, en pleine finale de la CAN, les joueurs sénégalais ont, de leur propre initiative, quitté le terrain et sont rentrés aux vestiaires sous la houlette de leur sélectionneur. Ceux-ci entendaient contester la décision arbitrale d’octroyer un pénalty à l’équipe marocaine. Le match ayant été, de ce fait, interrompu de longues minutes, la physionomie de la finale en a été irrémédiablement bouleversée, au grand regret des nombreux spectateurs, sportifs ou simplement amoureux du ballon rond.
Pour le Maroc, pays organisateur de la CAN et dont l’équipe jouait la finale, un tel évènement ne pouvait pas rester sans suite juridique. La Fédération royale marocaine a donc saisi les instances compétentes de la Confédération africaine de football (CAF), afin que soient tirées toutes les conséquences du comportement de l’équipe sénégalaise.
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Les règles applicables à la Coupe d’Afrique des Nations 2025, telles qu’elles ont été acceptées par toutes les équipes participantes, sont claires. Une équipe qui quitte le terrain avant la fin du temps réglementaire sans autorisation de l’arbitre, est déclarée perdante.
Du point de vue de la Fédération sénégalaise de football, l’arbitre de la rencontre n’ayant pas sanctionné sur le moment l’abandon du terrain, il n’y aurait plus de sanction possible (règle du field of play). Cette position peut sembler paradoxale étant donné que c’est justement une décision de l’arbitre qui est à l’origine du retour intempestif aux vestiaires des joueurs sénégalais. Elle doit néanmoins être entendue.
L’instance d’appel de la CAF a appliqué le règlement et le TAS a été légalement saisi. Chaque partie prépare ses arguments, réunit ses preuves et plaidera sa cause. Chacun se fera ainsi son opinion sur les mérites des causes défendues, mais un écueil doit être évité : considérer qu’une décision de justice ne pourrait pas revenir sur le déroulé d’une épreuve sportive. C’est le propre de toute justice - civile, pénale, sportive - que de passer a posteriori, dans le calme de débats formalisés, d’échanges contradictoires sans la passion inhérente aux évènements concernés.
Cette possibilité de saisir après coup une instance juridictionnelle est un garde-fou essentiel dans les compétitions sportives, naturellement porteuses d’émotions, de tensions et de pressions. Elle justifie l’axiome selon lequel “on ne se fait pas justice à soi-même” sous le prétexte d’une décision arbitrale infondée ou d’un comportement adverse irrégulier.
C’est d’ailleurs sans doute pour cette raison que les joueurs marocains n’ont pas eux-mêmes arrêté la partie après le départ de leurs compétiteurs mais simplement attendu sur le terrain le retour de l’équipe adverse.
Dans ce contexte, les mots du président sénégalais à Nairobi, lors du sommet Forward Africa, qui, évoquant le début de l’année 2026, a déclaré « Nous avons démarré avec un titre de champion d’Afrique » étonnent. Ils semblent faire peu de cas de la décision d’une institution panafricaine comme l’organe d’appel de la CAF.
Surtout cette déclaration peut être considérée comme une ingérence politique dans une procédure pendante devant le TAS. Si le roi du Maroc avait tenu de tels propos, beaucoup y auraient vu, à juste titre, une atteinte à la séparation des pouvoirs.
Le TAS rendra une décision arbitrale ayant autorité de la chose jugée. Laissons la justice faire son œuvre pour que soit tranché ce différend entre la Fédération royale marocaine de football et la Fédération sénégalaise de football, et souhaitons aux lions de la Teranga comme aux lions de l’Atlas une belle coupe du monde.