Le parfum de la guerre est partout à Soueïda. À chaque croisement de cette ville située à une centaine de kilomètres au sud de Damas, des check-points ont été improvisés. Des pick-up équipés de vieilles douchkas, ces mitrailleuses datant de l'ère soviétique, sont garés à chaque coin de rue.
Du gamin d'à peine 13 ans au vieillard, des hommes montent la garde, kalachnikov en bandoulière. « Nous, les Druzes de Syrie, traversons aujourd'hui une crise existentielle, justifie Rami, jeune diplômé en ingénierie. Si nous n'étions pas organisés et armés, nous aurions subi les mêmes massacres que sur la côte. » Une référence aux tueries qui ont visé les Alaouites dans la région de Lattaquié et de Homs en mars dernier.
La minorité druze, 3 % de la population syrienne, a elle aussi été attaquée. La vague de violence s'est abattue fin avril, après la diffusion sur les réseaux sociaux d'un message insultant le prophète Mahomet. Malgré le démenti du ministère de l'Intérieur, des islamistes radicaux ont attribué ce message blasphématoire à un cheikh de la communauté. Les jours qui ont suivi, les principales villes druzes ont été visées. Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme, 134 personnes, dont 88 combattants druzes et 14 civils, ont été tuées. Ces exactions, souvent accompagnées d'insultes à caractère confessionnel, ont traumatisé la minorité.
Plus de deux semaines ont passé et la tension n'est pas redescendue. Les autorités syriennes déconseillent toujours aux journalistes étrangers de se rendre à Soueïda. Comme Rami, de simples citoyens se sont mués en combattants pour protéger leur quartier. Pour y pénétrer, il faut prononcer un mot de passe - « la grenouille se faufile entre les pierres » -, choisi car sa prononciation, compliquée en arabe, permet de distinguer les dialectes dont celui de la communauté druze.
Sandra Willems, envoyée spéciale à Soueïda