Syrie : Après les massacres, la présidence annonce la formation d’une « commission d'enquête » indépendante
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Khalil Ashawi
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[Mis à jour le 09/03/2025 à 17h13]
C'est une escalade majeure, trois mois après l'éviction de Bachar al-Assad et la prise du pouvoir par les insurgés à Damas. Plus de 1000 personnes ont été tuées depuis jeudi, dont au moins 830 civils alaouites, a fait état dans l'après-midi l'Observatoire des droits de l'Homme (OSDH), après avoir communiqué sur un premier bilan de 745 civils massacrés. Pour l'organisation basée en Grande-Bretagne, qui dispose d'un vaste réseau de sources en Syrie, ces « exécutions » réalisées « sur des bases confessionnelles ou régionales » sont liées à des affrontements entre les forces de sécurité et les fidèles du président de Bachar al-Assad, et les meurtres de représailles qui ont suivi.
Face à cette vague de violence sans précédent depuis la chute de l'ancien président, le nouveau dirigeant du pays, Ahmad al-Chareh, a appelé dimanche à l'unité nationale et à la paix civile, et annoncé quelques heures plus tard la formation d'une « commission d'enquête » indépendante.
Alors que le rétablissement de la sécurité est le principal défi pour le nouveau pouvoir syrien après plus de 13 ans de guerre civile, Ahmad al-Chareh avait déjà appelé vendredi les insurgés alaouites à « déposer les armes avant qu'il ne soit trop tard ».
« Les tueries de civils dans les zones côtières du nord-ouest de la Syrie doivent cesser, immédiatement », a quant à lui réagi Volker Türk, Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, en précisant recevoir des rapports « extrêmement inquiétants » faisant état de familles entières tuées dans le nord-ouest de la Syrie.
Concrètement, les attaques ont été déclenchées jeudi par une attaque sanglante de partisans de Bachar al-Assad contre les forces de sécurité à Jablé, près de Lattaquié dans l'ouest du pays. Et pour cause : il s'agit de l'ex-bastion du pouvoir déchu et berceau de la communauté musulmane alaouite - une branche de l'islam chiite - dont est issu le clan Assad.
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Au global, 125 membres des forces de sécurité gouvernementales et 148 militants de groupes armés affiliés à Assad ont péri, en plus des 745 civils, a précisé l'Observatoire, portant le bilan à 1018 morts. Après l'attaque de jeudi, les forces de sécurité avaient envoyé des renforts et lancé d'importantes opérations dans la région.
Bachar al-Assad, lui-même issu de la communauté alaouite, avait été renversé par une alliance de rebelles islamistes sunnites emmenée par le groupe radical Hayat Tahrir al-Sham (HTS) de Ahmad al-Chareh. Les massacres perpétrés vendredi constituent un sérieux coup pour cette faction, alors que les alaouites constituaient une grande partie de la base de soutien d'Assad pendant des décennies.
Selon le chercheur du centre de réflexion Century International Aron Lund, interrogé par l'AFP, la flambée de violences témoigne de la « fragilité du gouvernement », dont une grande partie de l'autorité « repose sur des jihadistes radicaux qui considèrent les alaouites comme des ennemis de Dieu ».
Depuis son arrivée au pouvoir, Ahmad al-Chareh s'efforce de rassurer les minorités et a appelé ses forces à faire preuve de retenue et éviter toute dérive confessionnelle, mais cette ligne n'est pas nécessairement partagée par l'ensemble des factions qui opèrent sous son commandement, affirme Aron Lund.
Par ailleurs, le chef de la diplomatie israélienne Gideon Saar a réagi en exhortant l'Europe, dans une interview publiée dimanche, à « cesser d'accorder une légitimité » au pouvoir de transition syrien après des violences qui, selon une ONG, ont tué de centaines de civils.
Des habitants de villages et de villes alaouites ont raconté à l'agence Associated Press que des hommes armés ont abattu des Alaouites, en majorité des hommes, dans les rues ou aux portes de leurs maisons. De nombreuses maisons d'Alaouites ont été pillées puis incendiées dans différentes zones, ont déclaré à l'AP deux habitants de la région côtière syrienne depuis leurs cachettes.
Par ailleurs, une source sécuritaire citée par l'agence officielle Sana a fait état vendredi d' « exactions isolées », les imputant à des « foules » agissant en représailles à « l'assassinat de plusieurs membres des forces de police et de sécurité » par des « fidèles de l'ex-régime ».
Avant-hier, l'OSDH et des militants ont publié des vidéos montrant des dizaines de corps en vêtements civils empilés dans la cour d'une maison, des femmes pleurant à proximité. Dans une autre séquence, des hommes en tenue militaire ordonnent à trois personnes de ramper en file, avant de leur tirer dessus à bout portant. Des témoignages évoquant des exactions contre les civils alaouites se sont multipliés sur les réseaux sociaux, émanant de proches ou amis des victimes.
Les églises syriennes, quant à elle, ont dénoncé les « massacres de civils innocents » et appelé « à une fin immédiate de ces actes horribles ».
Samedi, le ministère de la Défense a indiqué que « les routes menant à la région côtière ont été fermées afin de prévenir les exactions » et l'ordre a été donné aux forces de sécurité de « ramener l'ordre » à Jablé, Tartous et Lattaquié. Il a fait état de l'arrestation d'un « grand nombre de pillards ».
Enfin, le ministre de l'Education, Nazir al-Qadri, a annoncé la fermeture des écoles dimanche et lundi dans les provinces de Lattaquié et de Tartous.
(avec agences)
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