C'est un homme du XXe siècle et il l'assume. À 69 ans, Friedrich Merz incarne ce style que les Allemands appellent breitbeinig : la politique façon cow-boy, pieds bien campés, jambes légèrement écartées. Le président de la CDU déploie un charisme démodé, mais efficace. Ses discours mordants dans le vieil hémicycle du Parlement de Bonn sont encore légendaires. C'était dans les années 1990. Mais la route du jeune prince éloquent avait alors croisé celle d'Angela Merkel.
Lorsqu'en plein scandale de caisses noires, elle assainit brutalement la CDU et fait table rase du système Kohl, elle écarte également Merz, dauphin du chancelier compromis. « Il en parle encore aujourd'hui parce qu'elle a agi dans son dos, indique sa biographe Jutta Falke-Ischinger. Il y a vu une forme de déloyauté. Or, pour lui, la loyauté compte plus que tout. » De cet échec, Friedrich Merz a fait une expérience fondatrice : « l'inflexible » (titre de la biographie) se retire complètement de la politique pendant toutes les années Merkel.
Aujourd'hui, il ne cesse de faire l'inventaire du règne de son ancienne rivale. Nucléaire, immigration, défense : il prône un retour aux fondamentaux de la démocratie chrétienne, dans la tradition des grands chanceliers rhénans Konrad Adenauer ou Helmut Kohl, résolument tournés vers Paris et Washington. De la même façon que la France aime à soupirer, nostalgique, sur les débuts des mandats Chirac, l'Allemagne se laisse volontiers bercer. Le récit du « retour du vieux mâle blanc » fait mouche dans un pays où un électeur sur deux à plus de 50 ans. Dans les sondages, la CDU atteint plus de 33 % d'intentions de vote.