Allemagne : la hausse des droits de douane voulue par Trump pourrait coûter 1% du PIB
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Le retour prochain de Donald Trump à la tête des États-Unis pourrait grandement peser sur l'économie allemande. En raison surtout d'une des mesures phares de son programme électoral : l'augmentation des droits de douane. Le futur ex-président souhaite les faire grimper de 10% à 20% sur l'ensemble des produits entrant aux États-Unis - et même entre 60% et 100% pour les produits chinois. Une telle hausse sur les importations européennes « nuirait considérablement à l'Allemagne » puisque le pays vendrait moins de produits aux États-Unis, estime le président de la Banque centrale allemande (Bundesbank), Joachim Nagel.
Si l'impact est potentiellement aussi élevé, c'est parce que l'industrie destinée à l'export est le pilier de l'économie allemande. Et celle-ci n'a pas besoin de ce nouveau coup dur. Elle est en effet déjà frappée par la crise, en raison de la hausse du coût de l'énergie après l'invasion russe en Ukraine en février 2022 et de la baisse de la demande mondiale.
L'industrie plombe ainsi l'ensemble de l'économie allemande. Le gouvernement allemand s'attend à une baisse de 0,2% du PIB en 2024, ce qui serait alors une deuxième année de récession pour le pays. Et les perspectives ne sont pas rassurantes : le rebond attendu en 2025 est pour l'instant estimé à seulement +1,1%.
Le président de la Bundesbank a relevé un autre risqué lié au retour de Donald Trump. Dans son programme, celui-ci prévoyait une augmentation de la dette publique américaine. Or cette mesure, couplée à l'augmentation des droits de douane, pousserait l'inflation vers le haut. Ce qui pourrait inciter la Banque centrale américaine (Fed) « à renoncer aux baisses de taux d'intérêt attendues », a expliqué Joachim Nagel.
Pour rappel, l'assouplissement monétaire récemment entamé par l'institution monétaire est en partie lié à la baisse de l'inflation dans le pays - elle a atteint +2,6% en octobre, contre +9,1% lors du pic de juin 2022. Si celle-ci grimpe de nouveau, il se pourrait que la Fed stoppe son desserrement. Tout ceci conduirait alors à une appréciation du dollar face à l'euro. Les importations de biens européens aux États-Unis deviendraient alors plus chères et moins attractives.
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Ces incertitudes interviennent dans un climat particulièrement tendu outre-Rhin. L'Allemagne nage en pleine crise politique depuis la rupture, la semaine dernière, de la coalition tripartite au pouvoir. Celle-ci, dirigée depuis trois ans par le Chancelier Olaf Scholz, liait Sociaux-démocrates, Libéraux et Verts. Mais elle a finalement volé en éclats, minée par les désaccords. Le pays se dirige donc vers des élections législatives anticipées le 23 février prochain, avec sept mois d'avance sur le calendrier prévu, selon des sources proches du parti social-démocrate.
Le chef de l'opposition allemande Friedrich Merz, du parti conservateur CDU, est favori pour conquérir la chancellerie. Reste que, même si les conservateurs l'emportent, la constitution d'un gouvernement ne s'annonce pas aisée. Et de nombreux « défis » attendront le futur gouvernement, d'après Joachim Nagel.
Le président de la Bundesbank a ainsi cité le chômage, le manque de travailleurs qualifiés, la bureaucratie, le coût de l'énergie et la perte de compétitivité. Il faudra aussi qu'il boucle le budget fédéral 2025. Ce dernier devait à l'origine être ficelé mi-novembre, mais la crise politique rend cette perspective impossible, a indiqué mardi le nouveau ministre des Finances, Jörg Kukies.
Ce contexte pèse en tout cas sur le moral des investisseurs allemands, qui a chuté de manière inattendue en novembre. Cet indicateur du climat des affaires a perdu 5,7 points sur un mois pour s'établir à 7,4 points, d'après un communiqué publié mardi par l'Institut de recherche économique ZEW. Pour autant, la conjoncture actuelle a aussi eu des conséquences positives sur les investisseurs. « Des voix plus optimistes se sont fait entendre (...) s'attendant à ce que les perspectives économiques de l'Allemagne s'améliorent à l'approche d'élections anticipées », a relevé le président de ZEW, Achim Wambach. Une lueur d'espoir dans un tableau bien sombre.
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L'éolien en mer aussi en eaux troubles
Les énergéticiens allemands RWE et Siemens Energy, acteurs phares des énergies renouvelables, se sont aussi dits vigilants face aux conséquences de la réélection de Donald Trump. Le retour du républicain, promoteur de l'industrie gazière et pétrolière, place en effet sous tension les projets d'infrastructures renouvelables qu'ils portent aux États-Unis. Car, pendant sa campagne, Donald Trump avait ciblé l'énergie éolienne, l'accusant d'être une « horrible énergie ». Il pourrait donc s'attaquer au grand plan pour l'éolien en mer lancé en 2022 par l'administration du président sortant Joe Biden.
RWE s'inquiète notamment pour son projet de deux fermes d'éoliennes au large de New York et de la Californie, qui doivent alimenter plus de 1,7 million de foyers à partir de 2030. Celui au large de la côte « pourrait être retardé en raison de permis en suspens », estime le fabricant. Les droits de douane et les barrières commerciales annoncés par Donald Trump pourraient aussi compliquer ses projets outre-Atlantique. « Les panneaux solaires, les batteries ou les pièces d'éoliennes ont des chaînes d'approvisionnement internationales ramifiées. Il va de soi que nous devrons alors réorganiser nos activités en cas de doute », a déclaré le PDG Markus Kreber au journal Süddeutsche Zeitung.
De son côté, Siemens Energy estime aussi que ses futurs projets d'éolien offshore - prévus à partir de 2029 - pourraient être « influencés » par la transition politique américaine, a indiqué son PDG, Christian Bruch, ce mercredi. Celui-ci n'est en revanche pas inquiet pour les projets en cours. « Nous construisons actuellement un parc éolien offshore aux États-Unis et je ne pense pas qu'il y ait des interruptions à prévoir », a-t-il précisé.
(Avec AFP)
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