Syrie : les enfants volés de la dictature de Bachar al-Assad
ENQUÊTE EXCLUSIVE — Huit mois après la chute de Bachar al-Assad, plus de 110.000 Syriens sont toujours portés disparus, dont des milliers de mineurs. Des archives officielles montrent que de nombreux enfants ont été envoyés dans des orphelinats. Leur trace se perd ensuite.
Garance Le Caisne et Hannah el-Hitami, envoyées spéciales à Damas et Barga
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Il y a sept ans, Hiba (au centre) a été arrêtée par le régime de Bachar al-Assad avec sa mère, (à sa droite), Soukeina Jbawi.
Les doigts de la fillette tentent de se frayer un passage au creux de la main fermée de sa mère, posée sur un coussin entre elles. Presque machinalement, les petits doigts fouillent, trouvent un chemin. Se nichent dans la large paume. L'enfant et sa mère sont assises côte à côte dans le salon de la ferme familiale.
Depuis plus d'une heure, l'adulte témoigne, ses yeux bleus perçants plantés dans ceux de ses visiteurs. La fille de 9 ans échange régulièrement des regards espiègles avec sa grande sœur et son petit frère, révélant deux fossettes enfantines. Mais la plupart du temps, elle écoute silencieusement. Hiba est une rescapée.
« Tu l'emmènes avec toi »
Il y a sept ans, Hiba a été arrêtée arbitrairement avec sa mère, Soukeina Jbawi. C'était le matin du 8 août 2018. Le régime de Bachar al-Assad venait de reprendre la province rebelle de Deraa, dans le sud-ouest du pays. Dans le village de Barga, Soukeina prépare le petit déjeuner. Les forces de sécurité cherchent les hommes du village, qu'elles considèrent tous comme des « terroristes », opposants ou pas, armés ou pas.
Ils encerclent la maison de Soukeina. La mère vient d'envoyer sa fille aînée à l'épicerie, sa cadette de 2 ans est avec elle. « Tu l'emmènes avec toi ! » ordonnent les sbires quand ils l'embarquent. Dans le bus qui les transporte vers la capitale, la quarantaine d'hommes, de femmes et d'enfants doivent garder la tête baissée.
Une vieille femme emprisonnée depuis plusieurs années nous a dit qu'ils n'allaient pas les ramener.
Soukeina Jbawi, mère de Hiba, arrêtées il y a 7 ans par le régime de Bachar al-Assad
L'ancien aéroport militaire de Mezzeh, au sud-ouest de Damas, a été transformé en une immense prison secrète pour le service de renseignement de l'armée de l'air. Les bâtiments recèlent des dizaines de cachots, dans les anciennes salles de formation, les hangars, les sous-sols. Soukeina et Hiba Jbawi sont jetées dans une cellule collective aveugle où, dans la puanteur, s'entassent une douzaine de femmes et d'enfants. « On ne pouvait sortir que dix minutes tous les trois jours, se souvient la mère. Il n'y avait pas assez à manger, on manquait d'air. Les enfants n'avaient droit aux toilettes que trois fois dans la journée. »
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Garance Le Caisne et Hannah el-Hitami, envoyées spéciales à Damas et Barga