Cela fait une semaine que Bachar El-Assad a fui Damas. Pourtant, dans la capitale, les dernières journées ont été si intenses émotionnellement, si longues par manque de sommeil - ou absence totale pour certains - que de nombreux Syriens ont le sentiment que cela fait des mois qu'ils ont retrouvé le goût de la liberté.
« On vit un moment incroyable, s'enthousiasme Abdalla, ingénieur de 28 ans qui cherchait depuis des années à partir pour l'étranger mais qui a finalement décidé de rester. On veut faire partie de la nouvelle Syrie. Il y a tout à faire, à reconstruire. » Tout, en effet. Le pays a été ruiné par plus de dix ans de guerre civile, mais aussi par le pillage des richesses et les trafics en tout genre des membres du clan Assad. Le PIB s'est ainsi effondré des deux tiers. Selon la géographe Leïla Vignal, autrice de War-Torn - The Unmaking of Syria (2011-2021), « plus du tiers, si ce n'est la moitié, des habitations du pays, bombardées par le régime et les Russes, ont été endommagées ou détruites ».
La population est épuisée par les difficultés économiques et le coût de la vie. 90 % des habitants vivent sous le seuil de pauvreté, et les deux tiers ont besoin d'une aide humanitaire. « Mes clientes ne viennent plus acheter les culottes de leurs fillettes par lot de six, mais elles les prennent une par une », témoigne un marchand dans le célèbre souk couvert Al-Hamidiyé, au cœur de la capitale. Il poursuit : « Et puis il y avait toute cette corruption, les billets qu'on était obligé de mettre discrètement sous une pile de documents sur le bureau des fonctionnaires pour qu'ils nous tamponnent un papier ou acceptent de repousser la date du service militaire de nos fils. »