AUX FRONTIÈRES (5/7) — À 3 kilomètres de son voisin et ennemi du nord, l’île sud-coréenne de Yeonpyeong est marquée par le traumatisme des bombardements de 2010. Séoul tente d’y préserver une vie civile pour éviter qu’elle ne devienne une cible militaire.Quinze ans après, les souvenirs de Dan Chun-ha restent vifs. « Je sursaute encore aux bruits forts et aux claquements de porte », confie cette habitante de Yeonpyeong âgée de 57 ans. Au nord-ouest de la ville portuaire d'Incheon, à seulement 12 kilomètres de la Corée du Nord, la petite île de pêcheurs reste marquée par l'attaque sans précédent de son voisin du nord. C'était le 23 novembre 2010.
Cet après-midi-là, Dan Chun-ha donnait des cours lorsque 170 obus nord-coréens se sont abattus sur l'île. « Les militaires sud-coréens avaient annoncé des exercices, raconte l'enseignante d'un institut privé de soutien scolaire. J'ai d'abord cru à une erreur de tir. » L'affolement du personnel administratif la convainc de gagner un abri, avec les élèves et ses propres parents. « Jamais je n'aurais pensé l'utiliser, avoue-t-elle aujourd'hui. On était une cinquantaine. Les enseignants de la crèche nous avaient rejoints avec les petits. » Elle y restera confinée trois jours.
Pour témoigner de la violence des bombardements meurtriers - quatre tués, dont deux militaires -, l'île a conservé les ruines de trois maisons au cœur du village. L'une n'a plus de toit, et dans le jardin d'une autre traînent des carcasses carbonisées de vélos. À côté, un musée commémoratif a été érigé pour se souvenir. La présence militaire a été largement renforcée depuis : la moitié des 2000 habitants sont aujourd'hui des soldats. Des centaines d'abris ont été construits et huit bunkers peuvent désormais accueillir chacun 200 personnes.
Hanna Siemiatycki, envoyée spéciale à Yeonpyeong (Corée du Sud)