Au risque d'être amer le constat est clair. « Nous n'avons pas réindustrialisé, nous avons arrêté notre désindustrialisation », met en garde le professeur du CNAM Olivier Lluansi, auteur du livre Réindustrialiser, le défi d'une génération, aux éditions Déviations. Oui, la France recrée à nouveau de l'emploi industriel (130 000 emplois salariés en équivalent temps plein créés dans l'industrie depuis 2017, selon l'Insee), mais cela reste fragile.
Depuis avril, à en croire le cabinet Trendeo, le solde net entre ouvertures et fermetures d'usines est négatif. « Ce coup d'arrêt est dangereux ; cela a pris du temps de relancer la machine... », note Gilles Attaf, le cofondateur des Forces françaises de l'industrie. Si celle-ci représente actuellement 10 % du PIB, contre 17 % à la fin du siècle dernier, l'objectif de Bercy était - il y a encore peu - de remonter à 15 %. Un chiffre que ne souhaite plus mettre en avant le ministre de l'Économie, Antoine Armand, car irréaliste ?
L'instabilité politique de ces derniers mois y est certainement pour beaucoup, avec le gel de nombreux investissements dans le tissu industriel. Aussi, le ralentissement de l'allégement du coût du travail en France est sur la table du nouveau gouvernement face aux contraintes budgétaires, à contresens de la politique menée depuis 2017. Selon le Centre de recherches pour l'expansion de l'économie et le développement des entreprises (Rexecode), le coût du travail horaire pour l'industrie manufacturière est de 46,30 euros brut en France en 2024, contre 48,70 en Allemagne et 31,10 en Italie. Mais, avec 14,60 euros rien que pour les cotisations employeur contre 9,90 en moyenne dans la zone euro, la compétitivité de l'industrie française en prend un coup...