Trois questions sur l'accord du Mercosur qui vient d'être validé par la Commission européenne
Gabrielle de Verchère

Le commissaire européen au commerce, Maros Sefcovic à Bruxelles, mercredi 3 septembre.
LTD/Photo par NICOLAS TUCAT / AFP
Gabrielle de Verchère

Le commissaire européen au commerce, Maros Sefcovic à Bruxelles, mercredi 3 septembre.
LTD/Photo par NICOLAS TUCAT / AFP
Les commissaires européens ont validé ce mercredi 3 septembre l'accord commercial entre l'Union européenne et les pays du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay). Une première étape avant que ce traité soit soumis au vote des États membres dans les mois qui viennent.
Ce traité, en négociation depuis 25 ans, doit faciliter l'exportation de voitures, machines et spiritueux vers les pays du Mercorsur en échange de l'importation facilitée de viande, sucre, riz, miel et soja. Actuellement, les barrières commerciales vers les pays sud-américains imposent une taxation de 27 % pour le vin et 35 % pour les voitures et vêtements. Cet accord commercial prévoit d'abattre ces droits de douane à plus de 90 %, permettant aux pays européens d'économiser 4 milliards d'euros de taxe.
À l'inverse, l'ouverture du marché européen aux produits sud-américains pourrait engendrer l'arrivée de près de 99.000 tonnes de bœuf, 60.000 tonnes de riz ainsi que 45.000 tonnes de miel exemptées d'obstacle tarifaire.
Selon la dernière analyse de la Commission européenne, la signature de cet accord serait davantage profitable au Mercosur qui verrait sa croissance augmenter de 0,3% qu'à l'UE (+0,1 % de croissance).
Jusqu'ici, la France s'est montrée fermement opposée au projet, craignant une concurrence déloyale pour les filières du bœuf, de la volaille, du sucre et de l'éthanol. Sur le plan sanitaire, les opposants au traité pointent les risques liés à une non-réciprocité des normes imposées aux agriculteurs européens sur le recours aux hormones, aux antibiotiques et aux pesticides. Enfin, l'augmentation des émissions de gaz à effet de serre entraînée par l'accélération des échanges inquiète les défenseurs de l'environnement.
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Pour pousser les récalcitrants à donner leur feu vert, Bruxelles promet de compléter cet accord par « un acte juridique » qui permettrait de protéger les agriculteurs des filières sensibles. La Commission a par ailleurs négocié de nouvelles dispositions permettant de suspendre l'accord avec un pays mettant en péril l'accord sur le climat. « Cela va dans le bon sens », a déclaré le ministre délégué au Commerce extérieur, Laurent Saint-Martin. « La France va maintenant examiner dans le détail ce qui est proposé, afin de s'assurer de l'efficacité du dispositif », a-t-il ajouté.
À elle seule, la France ne pourrait pas empêcher la suite du processus de validation de l'accord. Afin d'éviter tout blocage de Paris, la Commission européenne a séparé ce texte en deux volets : l'un politique et l'autre commercial. Ce dernier dépend de la compétence exclusive de l'UE. Pour être ratifié, il ne devrait réunir que la majorité qualifiée, soit le vote de 15 des 27 pays membres, représentant au moins 65 % de la population européenne.
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Même si Paris parvenait à rallier à sa cause la Pologne, l'Autriche, les Pays-Bas et l'Irlande, qui ont déjà exprimé leurs inquiétudes vis-à-vis de cet accord, cela ne suffirait donc pas à empêcher son adoption. Pas de quoi décourager les agriculteurs qui manifesteront jeudi à Bruxelles.
Gabrielle de Verchère