« L'extrême droite ne passera pas ! »
Christophe Madrolle
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Le Choulhane Aroukh, « la table dressée » est un vieux texte de la tradition juive, écrit et compilé par Joseph Karo au XVIe siècle. Cet ouvrage, je l'avoue, m'accompagne déjà depuis quelques décennies. Je me plais à le lire, en particulier lorsque les épreuves s'accumulent sur mon chemin. Une partie de ses mots, d'ailleurs, résonnent avec notre troublante actualité.
« La colère est une très mauvaise disposition » affirme le texte. « Il convient de s`en tenir fort éloigné et de s'habituer à ne pas s'emporter, même pour quelque sujet qui la justifierait ».
La colère, en effet, emporte le monde. Elle mine, sous nos yeux, la richesse et la diversité de la société moderne. Elle affaiblit chez nous la République. Et mène la France au bord du gouffre.
Petit fils d'enfant caché et de déporté, je mesure combien il est difficile d'être juif. Je ressens moi aussi une sorte de colère. Partout le vent mauvais de l'antisémitisme dévaste les consciences. Je reçois, comme vous, des témoignages sidérants : vieillards insultés, synagogues profanées, discours où se mêlent le fantasme et le complot, la sombre mécanique du racisme, huile chaque jour ses rouages de fer. Pire c'est à présent une enfant de 12 ans que l'on viole parce que juive. C'est l'innocence qui est brisée, c'est la chair qui se voit anéantie. C'est l'Humanité elle-même qui se fracture.
L'antisémitisme, je dois le dire, connait un regain de visibilité dans une frange importante de l'extrême gauche. Plus largement, il est nourri par la faute morale de la Gauche, qui plutôt que de proposer une ambition d'émancipation laïque a accompagné et soutenu les replis communautaires et les radicalisations islamistes.
Il aurait été intéressant d'analyser les raisons de ce retour du refoulé religieux. Pourquoi une partie de nos compatriotes - des citoyens nés en France - ont-ils cédé à une vision quasiment fasciste de leur foi ? En lieu et place de pensée critique, cette Gauche a pactisé avec les réseaux fréristes. Au point parfois d'en devenir l'expression politique.
Je suis donc en colère. Ce sentiment cependant ne m'aveugle pas. Je garde à l'esprit une vertu, que les chrétiens reconnaissent comme étant hérités du judaïsme : le discernement.
À ce titre, je sais parfaitement que l'extrême droite ne constituera jamais une réponse à notre colère.
Il y a deux ans le Rassemblement national souhaitait l'interdiction du port de la Kippa jusque dans la rue.
Christophe Madrolle