Combien de temps Taïwan restera protégé par son savoir-faire dans le domaine des semi-conducteurs ?

Jensen Huang, début juin à Tapei.
LTD/Ann Wang/REUTERS

Jensen Huang, début juin à Tapei.
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L’île lui voue un véritable culte de la personnalité. Des centaines de fans s’agglutinent autour de Jensen Huang, gourou de l’IA à la veste en cuir, lors du salon consacré aux technologies Computex, qui se déroule du 2 au 5 juin. À Taiwan le directeur de Nvidia, entreprise américaine de cartes graphiques utilisées dans des modèles d’Intelligence Artificielle, l’affirme, « Taïwan est indispensable pour produire les futures générations de systèmes IA ».
Nvidia conçoit les puces, tandis que Taiwan Semiconductor Manufacturing Company (TSMC) les fabrique. Véritable fleuron industriel de l’île, « TSMC est aujourd’hui la seule capable de produire à grande échelle les semi-conducteurs de 2 nm, les plus miniaturisés et les plus avancés au monde », souligne Matthew Chao, chercheur à l’ITRI, institut taiwanais de recherche en technologie.
Ces semi-conducteurs constituent la base des appareils électroniques modernes : ils permettent de faire fonctionner les microprocesseurs présents dans les ordinateurs, smartphones et systèmes d’intelligence artificielle.
Si la production de TSMC venait à s’interrompre, une grande partie de l’industrie électronique mondiale serait paralysée. Selon Matthew Chao, « la chaîne de valeur des semi-conducteurs est très fragmentée et aucun pays ne détient le monopole, elle est interdépendante ». Les Etats-Unis conçoivent les puces, l’Europe fabrique les machines de fabrication, le Japon fournit les matériaux essentiels comme le silicium, et la Chine gère l’assemblage. Taiwan concentre à elle-seule les étapes les plus complexes de la fabrication des puces.
« L’île dispose d'une avance technologique qui atteint près d’une décennie sur ses concurrents, un retard que ni les États-Unis ni la Chine ne pourront combler avant de nombreuses années », assure Scott Huang, ingénieur au parc technologique de Hsinchu. Le média américain Bloomberg Economics estime qu’un conflit autour de Taïwan pourrait réduire la production mondiale d’environ 10,6 000 milliards de dollars américains rien que la première année, soit environ 9,6 % du PIB mondial.
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Un objectif que la Chine considère inévitable pour la « renaissance la nation chinoise » d’ici 2049 qui consiste à restaurer la puissance économique, culturelle et géopolitique historique du pays. Le 14 mai, lors de leur rencontre à Pékin, Xi Jinping s’est adressé à Donald Trump avec des mots clairs : « si la question de Taïwan est mal gérée, cela pourrait mener à un conflit ».
Pour prévenir le pire, Taiwan s’étend à l’étranger. TSMC a investi 165 milliards de dollars pour construire des usines en Arizona, 20 milliards au Japon et 10 milliards en Europe. La visite de Jensen Huang aux côtés de Donald Trump lors de sa rencontre avec Xi Jinping laisse présager un assouplissement des sanctions américaines sur la vente de puces américaines à la Chine. Selon Scott Huang, « la délocalisation d’une partie de la production de puces hors de Taïwan et l’autonomisation de la chine font craindre à Taïwan la perte de son « bouclier de silicium », qui la protège d’une invasion de Pékin ».