Face à l’essor de l’intelligence artificielle, Jean-François Leroy, fondateur de Visa pour l’image, plaide pour un photojournalisme humain. La 37e édition du festival, à Perpignan, donnera à voir l’actualité mondiale, de Gaza à l’Ukraine, en passant par le Congo.
L'intelligence artificielle est la plus belle opportunité pour sauver le journalisme. Après bientôt deux décennies de crise provoquée par le bouleversement des modèles économiques, d'abord par l'avènement d'Internet puis celui des réseaux sociaux, la nouvelle révolution technologique qui s'opère depuis le lancement de la troisième itération de ChatGPT va peut-être lancer une ligne de vie aux médias dits « traditionnels ».
Sous perfusion de « sludge content » — ces torrents de boue numériques charriant des contenus artificiels, idiots, faux, abrutissants —, les smartphones ont capturé l'attention humaine et l'intelligence. Cette ressource, aujourd'hui, est épuisée, exploitée et disputée. Dans ce brouillard digital où le bruit prend le pas sur le sens, le festival que j'ai l'honneur de diriger depuis sa fondation, en 1991 à Perpignan, se veut un phare dans la tempête.
À l'heure où ces lignes sont écrites, l'armée israélienne se masse aux portes de ce que le gouvernement israélien décrit comme le dernier bastion du Hamas. De son côté, Vladimir Poutine fait trembler l'Europe avec ses exercices nucléaires prévus en Biélorussie à la mi-septembre. Bien évidemment, l'Ukraine et Gaza auront leur place dans la programmation de ce 37e Visa pour l'image.
Terrain complexe et nuancé
Mais comme d'habitude, à la place d'une quelconque « thématique », nous nous efforcerons, avec mes équipes, de faire ce que trop de médias aujourd'hui ne font pas — faute de place et de moyens : montrer toute l'actualité du monde. Une actualité produite par des humains, et non par des robots, qui sont allés fouler le sol complexe et nuancé du terrain.
Parce que nous pensons qu'il est crucial de crever les bulles de filtres et les chambres d'écho informationnelles dans lesquelles nous enferment les réseaux sociaux, nous accorderons donc autant d'importance à la situation en Somalie face à la poudrière islamiste, par Carolyn Van Houten du Washington Post, qu'à la situation des femmes en Afghanistan, par Sandra Calligaro, ou encore au conflit sans fin qui embrase l'est de la République démocratique du Congo, documenté par Paloma Laudet.
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Par Jean-François Leroy, directeur et fondateur du festival Visa pour l’image