« Les industriels français doivent venir avec beaucoup d'humilité en Ukraine », souligne à La Tribune Thomas Moreau, le représentant du Gicat (Groupement des industries françaises de défense et de sécurité terrestres et aéroterrestres) en Ukraine. Une phrase qui résume bien la relation entre les forces armées ukrainiennes, qui n'attendaient rien ou presque des technologies développées par les industriels de l'armement français jugées trop chères pour un pays comme l'Ukraine. Ce constat vaut aussi pour la plupart des industriels étrangers intéressés par le marché ukrainien. D'autant que jusqu'ici ce conflit n'a pas fait émerger de véritables « game changer » capacitaires dans la durée depuis le début de la guerre lancée par la Russie en février 2022. « Il faut oublier cette expression pour ce conflit », insiste Thomas Moreau.
En dépit des a priori ukrainiens sur la technologie française, ils ont révisé quelque peu leurs jugements sur l'industrie française après le « France-Ukraine Defense Innovation Forum », qui s'est tenu à Kiev du 16 au 18 juillet dernier et qui a réuni 300 participants. Pourquoi de tels a priori ? Outre le prix élevé des produits français, qui reste un frein, les forces armées ukrainiennes ont pu compter sur la remarquable montée en puissance de l'industrie ukrainienne qui a su augmenter les productions et être créative et adaptable face à l'urgence de la guerre.
« En trois ans, le niveau technologique des industriels ukrainiens a connu une progression remarquable. Ils disposent désormais d'une capacité à concevoir des solutions innovantes, robustes, efficientes et économiquement viables, souvent plus compétitives que les standards occidentaux sur certains segments », explique le Gicat, qui est la seule association professionnelle européenne dans la défense à avoir ouvert un bureau permanent à Kiev (octobre 2024).