Il y a 4 ans, Samuel Paty, professeur d'histoire-géographie, était assassiné par arme blanche et décapité à la sortie du collège où il enseignait. Le procès qui vient de s'ouvrir est aussi celui de tous nos renoncements. Ce crime a en effet illustré, de la manière la plus tragique et effroyable qui soit, nombre de maux qui rongent l'éducation nationale : le malaise croissant des professeurs parfois empêchés dans leur mission de transmission, l'ensauvagement de notre société qui n'épargne pas les établissements scolaires, les coups de boutoir de l'offensive islamiste. Et pire que tout : notre lâcheté collective.
Longtemps, la France a été fière de son école. Nous avions bâti un modèle qui a inspiré le monde. Pour plusieurs générations, l'école française a été le moyen pour les familles de voir leurs enfants apprendre, se cultiver, gagner en autonomie, et même faire mieux que leurs parents. Quelle promesse ! Celle, collective, d'une société plus harmonieuse, engagée sur la voie du progrès. Celle, individuelle, de l'émancipation et de l'ascenseur social.
Aujourd'hui, le niveau scolaire est en chute libre, un nombre croissant d'établissements sont victimes d'une violence endémique et l'ascenseur social semble bloqué au rez-de-chaussée. Je vis ce délitement comme une tragédie. Je pense à mon propre parcours, comme élève boursière d'un lycée en zone d'éducation prioritaire du Val-de-Marne. Je sais ce que je dois à l'école républicaine : tout. Issue de l'immigration, elle m'a appris le français, une langue que nous ne parlions pas à la maison. Elle m'a fait aimer la littérature, les sciences et la culture française. Elle m'a appris que tout est possible quand on vient d'un milieu modeste, si le travail est récompensé.
Par Agnes Evren, sénatrice de Paris, vice-présidente des Républicains