Éric Lombard : la France risque de dépasser l'Italie sur les coûts d'emprunt
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Le ministre de l’Économie, Éric Lombard, a lancé un cri d’alarme au sujet de la dette publique sur l’antenne de France Inter.
Capture d'écran
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Le ministre de l’Économie, Éric Lombard, a lancé un cri d’alarme au sujet de la dette publique sur l’antenne de France Inter.
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Le ministre de l'Économie, Éric Lombard, a jeté un pavé dans la mare ce mardi 26 août sur France Inter, avertissant que la France pourrait, « dans quinze jours », voir ses coûts d'emprunt dépasser ceux de l'Italie. Une déclaration choc qui vient confirmer une tendance observée avec anxiété par les marchés : l'écart de taux, ou « spread », entre les obligations des deux pays n'a jamais été aussi faible, clôturant lundi soir à seulement 0,03 point. À 3,5 0%, le taux d'intérêt français à échéance dix ans s'approche de celui de celui imposé à l'Italie (3,57 %), longtemps vue comme la lanterne rouge, mais qui bénéficie depuis plusieurs mois d'une meilleure perception des investisseurs en matière de croissance et de limitation des dépenses. Face à la dérive des finances publiques, le ministre français se veut « très ferme » sur la nécessité de trouver 44 milliards d'euros d'économies et n'écarte plus aucun scénario, y compris celui, jusqu'alors tabou, d'une intervention du Fonds monétaire international (FMI).
Le temps où la France empruntait à des conditions, bien plus favorables que son voisin transalpin, semble révolu. Le « spread » entre le taux d'emprunt à dix ans de la France et celui de l'Italie, qui atteignait jusqu'à 400 points de base (4 %) au cœur de la crise de la dette souveraine en 2011, a fondu comme neige au soleil. Le rapprochement et le possible croisement des courbes, indicateur clé de la confiance des investisseurs, signale un renversement de perception. Pour les marchés, la signature de la France n'est quasiment plus considérée comme plus sûre que celle de l'Italie. Une situation impensable il y a encore quelques mois, qui traduit à la fois une reconnaissance de la discipline budgétaire italienne et une sanction de la trajectoire déficitaire française.
Ce spectaculaire retournement s'explique par deux dynamiques opposées. D'un côté, l'Italie, sous la houlette de Giorgia Meloni, a engagé un assainissement budgétaire notable. Alors que le déficit public des deux pays avoisinait les 9 % du PIB en 2020, Rome a réussi à le réduire méthodiquement pour le ramener à 3,4 % en 2024, avec un objectif de 2,6 % en 2027. Cette trajectoire a été saluée par les agences de notation, S&P ayant relevé la note du pays à BBB+ en avril. Pour y parvenir, le gouvernement italien a pris des mesures drastiques, comme la suppression du coûteux « superbonus » à la rénovation énergétique et la réforme du « revenu de citoyenneté ». En 2024, l'Italie est même parvenue à dégager un excédent budgétaire primaire (hors service de la dette), une performance qu'aucun autre pays du G7 ne peut revendiquer.
De l'autre côté, la France peine à convaincre. Le déficit public a rebondi à 5,8 % en 2024 et la dette continue de gonfler, atteignant 3 345 milliards d'euros (114 % du PIB).
L'instabilité politique, avec un gouvernement minoritaire peinant à faire adopter ses réformes et l'impopularité de l'exécutif sèment le doute sur la capacité du pays à redresser la barre. C'est dans ce contexte que la fermeté affichée par Éric Lombard sur les « 44 milliards » d'économies à trouver prend tout son sens. Il s'agit d'un message envoyé aux marchés et aux agences de notation : Bercy prend la mesure du risque, alors que Fitch pourrait à nouveau dégrader la note de la France en septembre.
Si la discipline budgétaire italienne est applaudie, elle ne doit pas occulter les faiblesses structurelles profondes qui handicapent toujours la péninsule. Le pays fait face à une crise démographique critique, avec un taux de natalité historiquement bas et un vieillissement accéléré de sa population, qui menace la durabilité de son système social. La dette publique italienne reste l'une des plus lourdes d'Europe, à 135,3 % de son PIB (2024), bien au-dessus du ratio français. D'autres indicateurs, comme le faible taux d'emploi des femmes (53 %, le plus bas de l'UE) et une productivité stagnante rappellent que le chemin vers la reprise est encore long.
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Le redressement italien est en partie dû à une conjoncture favorable - inflation et dynamisme du marché du travail -, dont les effets s'estompent. La France, malgré ses déboires budgétaires, conserve des atouts majeurs, notamment un marché de la dette extrêmement liquide et profond, très prisé des investisseurs internationaux.
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Concernant le FMI. En affirmant : « Je ne peux pas dire que le risque n'existe pas », le ministre de l'Économie se montre volontiers alarmiste. Si une telle intervention n'est pas à l'ordre du jour, le simple fait de l'évoquer publiquement souligne la gravité de la situation et vise à provoquer un électrochoc politique et économique. C'est un aveu de la difficulté immense à trouver une majorité pour voter les coupes budgétaires nécessaires destinées à éviter une spirale de la dette. Pour les entreprises, la perspective d'une hausse des coûts d'emprunt de l'État se traduit par un renchérissement du crédit et une incertitude accrue. Pour les ménages, elle fait peser la menace de coupes dans les services publics et d'une pression fiscale plus forte. La course contre la montre pour restaurer la crédibilité budgétaire de la France est bel et bien lancée.
(Avec agences.)
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