Dans un monde idéal, François Bayrou aurait rêvé que la France se dote pour élire ses députés du mode de scrutin proportionnel à l'allemande. Mais le système en place outre-Rhin est très compliqué, très sophistiqué. Dans le cadre du chantier qu'il s'apprête à ouvrir pour remplacer le mode de scrutin majoritaire actuel en vigueur aux élections législatives par un mode de scrutin proportionnel, garantie selon lui d'une meilleure représentation de tous les courants de pensée, il va donc se contenter d'être plus modeste.
Cette semaine, le Premier ministre a commencé à appeler les présidents des groupes parlementaires et de partis pour les informer qu'il allait les recevoir à Matignon. Les premiers seront Marine Le Pen et Jordan Bardella, puisqu'à l'Assemblée le RN dispose du groupe qui compte le plus de députés. Comme la mouvance centriste, c'est un parti qui a toujours réclamé la proportionnelle (dans le cadre du scrutin majoritaire, environ 200 circonscriptions situées dans les métropoles, en outre-mer... sont totalement ingagnables pour lui).
Enfin, François Bayrou a bien noté que, comme elle le faisait lorsque Michel Barnier était Premier ministre, Marine Le Pen rappelle régulièrement que sa mise en place serait un bon moyen pour éviter de sa part toute menace de censure.
Sur l'échiquier politique, La France insoumise et Les Écologistes sont également favorables à la proportionnelle. Les Républicains et Horizons sont en revanche contre. Ils la jugent contraire à la Ve République et incapacitante, car avec elle il n'y aurait plus de majorité stable et claire mais des coalitions aux tractations permanentes.
Le PS, lui, est divisé sur la question. François Hollande est désormais un partisan convaincu de la proportionnelle alors qu'Olivier Faure, le premier secrétaire du parti, y a toujours été opposé.
À Renaissance, les avis sont également partagés. Afin de tenter de dégager une position commune, Gabriel Attal va mettre en place un groupe de travail piloté par le député des Hauts-de-Seine, Pierre Cazeneuve. Mais en son for intérieur, l'ancien Premier ministre n'est pas spontanément convaincu des bienfaits d'un changement. Après tout, l'émiettement actuel de l'Assemblée ne prouve-t‑il pas que le scrutin majoritaire permet lui aussi à tous les partis d'y être représentés ?