ENTRETIEN EXCLUSIF — Directrice de la rédaction de « Franc-Tireur », Caroline Fourest recense les motifs d’optimisme pour l'année qui vient.LA TRIBUNE DIMANCHE — La France vous donne-t-elle des raisons d'espérer en 2025 ? Et les Français ?
CAROLINE FOUREST — La France danse au-dessus d'un volcan, financier et politique, mais elle a la chance de pouvoir danser, de demeurer une démocratie et un pays magnifique où l'on se dispute encore sur quelques sujets communs. Nous n'avons pas encore totalement basculé vers un duel entre les excès, trumpisme contre wokisme, comme en Amérique. Profitons-en pour l'éviter.
Devant la montée des obscurantismes, qu'est-ce qui fait tenir une guerrière comme vous ?
C'est la remontée des obscurantismes qui m'oblige à rester combative. Je poserais bien les armes plus souvent, mais quand vous êtes à la fois lesbienne, féministe, laïque et universaliste, vous n'avez guère ce luxe. On tient parce qu'on sait que c'est le monde le plus doux, et qu'on vit entouré d'autres combattants, joyeux, drôles, sensibles, réfléchis, lumineux.
Vous avez l'habitude que l'on vous cherche querelle, comme ce fut encore le cas à l'occasion de la sortie de votre dernier livre, Le Vertige MeToo. Avez-vous déjà été tentée de baisser les bras ? Ou, au contraire, la virulence des attaques renforce-t-elle votre détermination ?
Ces attaques visent des alertes à travers moi. Ce ne sont pas des querelles personnelles, je ne l'oublie jamais. Ne pas être trop dépendante du regard des autres me protège. Quand je suis fatiguée de prendre des fléchettes, je ferme mon téléphone, ou je pars loin de la France, dans la nature, contempler un paysage, une girafe, et je cicatrise facilement. Quand je reviens, je reprends le combat là où je l'ai laissé. Et là, je renvoie toutes les flèches.
Anna Cabana (propos recueillis)