La chronique de Sophie Iborra. « Je suis et je reste féministe » (Léa Salamé, journaliste et animatrice)
Par Sophie Iborra

Retrouvez chaque mois la chronique de Sophie Iborra.
LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI ; Sylvia Galmot
Par Sophie Iborra

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Neuf mois, c'est le temps qu'il a fallu pour que la star de l'audiovisuel public accepte notre invitation. Après une saison de surexposition médiatique - une matinale quotidienne sur France Inter, un talk-show le samedi soir sur France 2 et une spéciale tous les soirs à l'occasion des JOP de Paris -, Léa Salamé avoue avoir craint l'overdose. « Je me suis planquée pendant quelques mois, je crois que je suis un peu fatiguée de moi-même », plaisante-t-elle.
Compagne de la tête de liste socialiste aux dernières élections européennes, Raphaël Glucksmann, la journaliste redoute les attaques : « Je me devais d'être un peu plus en retrait, je savais que je serais très regardée. » De nature inquiète, et soucieuse de son image, elle est dans la maîtrise. Les audiences record de son émission Quelle Époque ! ne suffisent pas à apaiser ses angoisses. « Je mourrai intranquille », ironise-t-elle, même si elle concède que la quarantaine lui apprend chaque jour « à [se] décoller du guidon et à relativiser ».
D'où vient cette exigence envers elle-même ? Probablement de l'éducation qu'elle a reçue dans un contexte singulier, avec un père libanais, ancien ministre, qu'elle qualifie d'« Oriental féministe », et une mère héritière d'une lignée de bijoutiers réfugiés arméniens. Sa famille fuit le Liban à feu et à sang et s'installe en France. Elle n'a alors que 5 ans. « Je suis le produit de la guerre et des bombes, une héritière de l'exil, du Proche-Orient compliqué et d'un pays qui m'a adoptée et que j'aime. » Être irréprochable, faire mieux que les autres dans ce pays d'accueil était la condition pour satisfaire un papa très aimant mais très exigeant : « Avec l'arrachement, il y avait chez lui comme un sentiment de culpabilité, il fallait que ses deux filles soient toujours les meilleures. »
À 14 ans, lassée des moqueries de ses camarades de classe et sans oser prévenir son père, elle décide d'ajouter Léa à son prénom d'origine, Hala. Partagée entre plusieurs cultures, Léa-Hala Salamé devenue journaliste n'en reste pas moins citoyenne. Même si elle est très attachée à traiter les faits le plus objectivement possible, elle confie qu'en tant que personne il lui est parfois difficile de parler du Proche-Orient. « C'est très dur de voir cette région à nouveau traumatisée, ce peuple qui souffre encore et encore », dit-elle avant d'ajouter : « Je reste libanaise et mon cœur saigne pour les Libanais, mais aussi pour les Palestiniens et les Israéliens. »
Choquée par les massacres du 7-Octobre, elle met néanmoins un point d'honneur à faire son travail de journaliste : « Ce n'est pas mon rôle de montrer mes émotions, je pose des questions politiques, humanitaires aussi, mais des questions froides. » Propulsée à la tête de L'Émission politique sur France 2, Léa Salamé agace, on la dit arrogante et agressive, ce qu'elle ne conteste pas. Il fallait s'imposer dans un monde très masculin. Elle se souvient d'une interview de Nicolas Sarkozy : « J'ai voulu montrer mes muscles, mais à 35 ans, si tu fais un match avec Sarkozy, tu perds. Il m'a mise en miettes ! » La journaliste observe cependant que le même comportement chez un homme aurait probablement valu un « il est pugnace, il ne lâche rien ».
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Pourtant, elle tarde à prendre conscience des inégalités de traitement : « Je pensais naïvement que tout avait été réglé pour les femmes. » Alors, quand Laurence Bloch, sa patronne de l'époque chez Inter, lui propose de lancer un podcast sur les femmes puissantes, elle est d'abord dubitative : « Je n'étais pas à l'aise avec l'idée. Finalement, ce podcast est la chose dont je suis le plus fière. » Au fil de ses interviews, elle choisit de parler de puissance plutôt que de pouvoir des femmes ; la journaliste préfère la force intérieure qui rayonne plutôt que l'idée de domination des autres. Grâce à ses rencontres, elle dit avoir fait du chemin sur ces questions.
Son modèle de femme puissante ? Georgette, sa grand-mère, aujourd'hui disparue, qui fut cheffe lingère dans un hôtel de luxe de Beyrouth et éleva ses cinq enfants. C'est auprès d'elle qu'elle puise encore son inspiration : « Un exemple, un modèle pour moi, elle tenait tout. » Consciente de la fragilité des droits des femmes et des possibles reculs en la matière, elle reconnaît tout de même que, dans les médias, la révolution a bien eu lieu.
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Quand elle démarre sa carrière, ce sont les hommes qui mènent les interviews politiques. Depuis, le rapport s'est inversé et elle s'en félicite. Mais le danger est encore là. Elle évoque notamment la polarisation du débat sur l'égalité des sexes, avec le mouvement masculiniste aux États-Unis criant victoire après l'élection de Donald Trump. « Ce qui est en train de se dire sur les femmes là-bas m'inquiète énormément, s'exclame-t-elle. Alors, oui, cent fois oui, je suis et je reste féministe. »
📻 PODCAST Écouter « Les héritières » de Sophie Iborra avec Léa Salamé sur les plateformes de streaming et sur Latribune.fr
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