Tristane Banon dénonce les dérives du néo-féminisme, qui en vient notamment à tolérer le patriarcat musulman. La romancière et essayiste défend sans relâche le féminisme universaliste.
Je ne pensais pas que nous serions si peu, en 2024, à nous revendiquer du féminisme de Beauvoir et Badinter. Non, je ne pensais pas que ce féminisme émancipateur, ce féminisme universaliste et laïque, serait un jour regardé avec mépris par certains, et par certains j'entends... certains se réclamant du féminisme.
Notre époque n'est plus à une folie près, mais on parle là, franchement, de schizophrénie. Je ne pensais pas que dire, avec Simone de Beauvoir, que « l'homme a tout avantage à faire endosser par un dieu les codes qu'il fabrique » ne serait plus acceptable en 2024, car la religion, ça se respecte!
Féminisme conquérant
Le féminisme s'est pourtant toujours élevé contre la religion et ses représentants. C'est à ce féminisme, universaliste, que nous devons, en France, l'école mixte et les programmes scolaires uniques, le droit de vote, le droit au chéquier, le droit de travailler sans l'autorisation de son mari, le droit à la contraception, le droit à l'avortement... Ce féminisme conquérant n'a eu que faire de froisser des croyants, que faire de vexer des chapelles, que faire du « qu'en-dira-Dieu ».
Celles qui se revendiquent du féminisme tout en imposant le respect de toutes les injonctions religieuses, quelles qu'elles soient, sont au mieux des incultes, au pire des imposteurs, souvent les deux. En Iran, des femmes risquent leur vie en s'élevant contre des théocrates pour arracher le droit à la liberté, celles-là chérissent notre laïcité, à laquelle elles n'ont pas accès. Les Afghanes ne sont pas en reste du même rêve. Ces combattantes nous obligent au respect absolu de notre irrévérence envers les dogmes, et par les dogmes, j'entends les trois religions du Livre.
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Les porte-voix autoproclamés du féminisme, et qui courbent l'échine devant le patriarcat islamiste au nom de la lutte contre une prétendue « islamophobie », sont devenus les plus zélés soldats (devrais-je dire soldates) des fondamentalistes. Elles se décrivent féministes décoloniales ou intersectionnelles, elles sont les nouvelles masculinistes de notre temps.