Dans la tête des pédocriminels : « On ne veut pas être ce monstre »
Léna Ménager
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Peut-on soigner la pédocriminalité ?
LTD/DORIANO STROLOGO POUR LA TRIBUNE DIMANCHE
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Peut-on soigner la pédocriminalité ?
LTD/DORIANO STROLOGO POUR LA TRIBUNE DIMANCHE
Ce vendredi, Dominique* est ressorti du cabinet de son psychiatre le visage plus détendu, moins crispé qu'à son arrivée. « J'ai l'impression qu'avec vous ça se passe bien », a-t‑il même glissé au docteur Florent Cochez. Avant de concéder : « De toute façon, je suis obligé de venir ici. » En repartant, il a soigneusement glissé dans son sac l'attestation de soins signée et cachetée par l'hôpital. Indispensable pour prouver à la justice qu'il est bien suivi tous les mois.
En 2017, Dominique a été reconnu coupable d'abus sexuels sur son enfant. En plus de la peine d'emprisonnement, le juge a ordonné un suivi sociojudiciaire avec injonction de soins : dix ans de thérapie individuelle ou collective à compter de sa sortie de prison. Une mesure fréquente pour ce type d'infractions. L'ex-chirurgien pédophile Joël Le Scouarnec a ainsi été condamné mercredi dernier à quinze ans de suivi sociojudiciaire avec injonction de soins.
Dans cette unité de l'hôpital bordelais Charles-Perrens spécialisée dans la prise en charge des auteurs de violences sexuelles, la grande majorité des patients qui prennent rendez-vous le font ainsi après une décision de justice. « Pour certains, c'est un soulagement, constate Florent Cochez, responsable de cette unité. Quand un patient appelle pour la première fois et qu'il fond en larmes au téléphone, on se dit qu'il aurait dû faire la démarche il y a bien longtemps. »
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Dans le cabinet de son psychiatre, Dominique est volubile. Il raconte avec entrain son engagement récent dans une organisation caritative, s'exaspère de sa difficulté à retrouver un travail, et fait part de ses efforts pour perdre du poids, lui qui détourne le regard de la balance au moment de se peser. Mais il rougit et se rembrunit lorsqu'il s'agit d'aborder son passé. « Parler de "ça", c'est une vraie torture », souffle l'homme de 59 ans, vêtu d'un survêtement gris.
Léna Ménager