LA TRIBUNE DIMANCHE — L'incendie qui a touché Marseille remet sur la table la question des moyens. Manque-t-on vraiment de matériel ?
ÉRIC BROCARDI — Il n'est pas question uniquement de moyens matériels. Nos engins ne sont pas télécommandés : il faut donc des moyens humains. Les sapeurs-pompiers font preuve de leur dévouement au quotidien. Mais nous avons un sujet, celui du volontariat. Une disposition prévoit d'accorder trois trimestres de bonification pour les sapeurs-pompiers volontaires ayant accompli dix années d'engagement. L'Assemblée nationale a voté à l'unanimité. Sauf que nous attendons toujours le décret d'application. Ça gronde dans les rangs du volontariat. En France, 200 . 000 sapeurs-pompiers œuvrent au quotidien. 80 % d'entre eux sont des volontaires. Si Marseille ne s'est pas transformée en Los Angeles, c'est parce que ces femmes et ces hommes se sont engagés. Nous devons prendre soin de cette richesse humaine. Car si on ne la cajole pas, c'est tout le système qui s'effondre.
Le Conseil de l'Europe estime qu'il faut requalifier le volontariat des sapeurs-pompiers en temps de travail. Ce qui met à mal le modèle français...
Nous ne comprenons pas la vision technocratique qui oublie que, sur le terrain, tout est bien organisé : 28. 000 jeunes sapeurs-pompiers sont engagés chaque année en France dans des sections encadrées par des animateurs bénévoles. Le statut d'engagé citoyen donne un cadre. Il faut continuer à pousser ce modèle-là.
Le nombre de Canadair disponibles et la promesse non tenue du président de la République de renforcer la flotte font polémique...
À ce jour, nous n'avons pas suffisamment de moyens terrestres face à la perspective grandissante du dérèglement climatique qui s'exprime notamment via les incendies et les inondations. La question qui se pose est celle de la souveraineté des moyens. Les 12 Canadair qui constituent la flotte actuellement font face à une violence en termes d'utilisation qu'il faut considérer. Il faut pousser les projets comme le Fregate d'Hynaero, qui offrent des solutions françaises. Tous les projets n'aboutiront peut-être pas, mais il en faire le pari. Ça s'appelle de l'audace.
Propos recueillis par Laurence Bottero