Climat : huit pays, dont la France, veulent une taxe sur les jets privés et les vols en classe affaires

Un siège dans la classe affaires de la compagnie Air france (Photo d’illustration)
DR

Un siège dans la classe affaires de la compagnie Air france (Photo d’illustration)
DR
Une annonce surprise hier soir à Séville, au premier jour de la 4e Conférence internationale sur le financement du développement (FFD4). Huit pays, dont la France, ont formé une coalition alignée sur le renforcement de l'imposition du secteur aérien. Une initiative qui pourrait déboucher très bientôt sur des nouvelles taxes sur les jets privés et sur les billets des passagers optant pour la classe affaires ou la première.
France, Antigua-et-Barbuda, Kenya, Espagne, Bénin, Sierra Leone, Somalie et Barbade composent pour le moment cette coalition. Mais d'après Les Echos, Vanuatu et les îles Samoa ont montré leur intérêt, tandis que d'autres pays, qui disposent déjà d'un dispositif similaire - Royaume-Uni, Brésil, Suède et la Norvège - pourraient aussi se joindre.
Dans un communiqué, l'Élysée a confirmé cette initiative, en précisant qu'elle visait à « améliorer la mobilisation des recettes nationales des pays en développement et à soutenir la solidarité internationale », notamment en ce qui concerne « l'adaptation au changement climatique ».
L'objectif est « d'accroître le nombre de pays appliquant des taxes sur les billets d'avion, y compris pour les voyages de luxe, et de taxer les jets privés en se basant sur les meilleures pratiques », tout en assurant « une plus grande progressivité dans les pays disposant déjà de tels prélèvements », précise l'Élysée.
Cette initiative ne vient pas de nulle part. Lors de la COP28 à Dubaï, en 2023, la Barbade, la France et le Kenya avaient lancé un groupe de travail, soutenu par la Commission européenne, avec cet objectif : réfléchir à des prélèvements dits de « solidarité mondiale » sur des secteurs d'activités polluants, comme les énergies fossiles et l'aviation.
Chaque semaine, les enjeux clés de la transition écologique.

Dans un rapport paru le 19 juin, ce même groupe a d'ailleurs estimé que ces mesures pourraient « générer des revenus substantiels » : jusqu'à 187 milliards d'euros si elles venaient à être appliquées dans le monde entier. Ce qui aujourd'hui est loin d'être gagné, tant le secteur aérien n'est pas friand de nouvelles taxations, au nom des impératifs de compétitivité. Mais l'Élysée a bon espoir que cela aboutisse, évoquant des « discussions en cours à l'Organisation de l'aviation civile internationale [OACI] sur la décarbonation du secteur de l'aviation ».
A noter également : cette potentielle taxe n'est pas sans rappeler, la « taxe Chirac », du nom de l'ancien président de la République qu'il l'a mise en place en 2006. Appliquée sur chaque billet d'avion émis en France (et dans quelques autres pays partenaires, comme le Chili, Côte d'Ivoire, ou Madagascar), cette taxe produit une recette fléchée à la lutte contre les grandes pandémies dans les pays en développement (Sida, tuberculose, paludisme, etc). Et ce, via une organisation internationale baptisée Unitaid. L'année dernière, le dispositif a rapporté 210 millions d'euros, et depuis sa mise en place, 2,3 milliards d'euros.
Mais il y a un hic : si la loi de finances 2025 a augmenté le montant de la « taxe Chirac » - celle-ci varie de 7,40 à 40 euros pour les billets en classe économique, et de 30 à 120 euros en classe affaires - le produit de son rendement n'est plus affecté à l'aide publique au développement. À la place, les fonds contribuent à la réduction du déficit budgétaire. Un député de la majorité présidentielle prévoit cependant, via une PPL, de revenir à la configuration initiale.
Quoi qu'il en soit, cette potentielle source de revenus serait la bienvenue pour l'aide au développement en général et, notamment, celle fléchée à l'adaptation climatique des pays les plus pauvres. À Séville, ce sujet est à l'ordre du jour de toutes les discussions. Selon les statistiques de l'ONU, le déficit de financement de ces États est estimé à 4 000 milliards de dollars par an, dont 1 000 concernent le besoin d'aide liée au climat (adaptation et atténuation).
Entre le retrait des États-Unis de l'accord de Paris, couplée à la quasi-coupure de leur aide humanitaire dans le monde (-83 %) et la baisse de l'aide au développement de nombreux pays européens, les participants à la conférence de Séville se creusent la tête pour trouver d'autres types de financement consacré à la solidarité internationale et à l'aide climatique. Cette nouvelle initiative s'inscrit donc dans ce mouvement.
L'annonce a été saluée par l'ONG Greenpeace, qui a exhorté dans un communiqué « tous les pays à rejoindre et mettre en œuvre les engagements » pris par cette « nouvelle coalition de solidarité » d'ici à la COP30, qui se tiendra au mois de novembre à Bélem, au Brésil. Stratégique, cette conférence est censée faire le bilan des dix ans de l'accord de Paris pour le climat (COP21).
« Voler est la forme de voyage la plus élitiste et la plus polluante, donc c'est une étape importante pour s'assurer que les utilisateurs frénétiques de ce secteur sous-taxé paient leur juste part », a insisté Rebecca Newsom, responsable de la campagne « Arrêtez de forer, commencez à payer » chez Greenpeace.
À lire également
Pour rappel, selon l'association de recherche Global Carbon Project, le secteur aérien représente environ 2,4 % des émissions mondiales de CO₂ issues des combustibles fossiles. En outre, il reste l'un des secteurs dont les émissions de gaz à effet de serre augmentent le plus rapidement. « Pourtant », souligne l'Élysée dans son communiqué, « le kérosène, en particulier pour les vols internationaux, reste généralement exonéré de tous droits de douane et taxes ». Et de rappeler que dans les pays du G20, le prix moyen du kérosène en 2021 était de « 9 euros/tonne de CO₂, contre 79 euros pour le diesel et 68 euros pour l'essence ».