Une flèche tomba, celle qui indiquait le ciel...
Ce feu ravagea tout. Les longues et hautes flammes ne dévoraient pas seulement des poutres, des toits, des vitraux, des statues, elles s'attaquaient à nos pensées. Les fumées ne noircissaient pas que l'atmosphère, elles obscurcissaient notre avenir. Comment allions-nous envisager le futur sans nous appuyer sur notre histoire nationale et spirituelle, sur une mémoire collective qu'incarnait Notre-Dame ? Nous saisissions que nos racines résidaient dans un pinacle au milieu de l'azur. Certains traumatismes produisent des conséquences heureuses : l'émotion partagée nous révéla une identité commune. Croyants ou pas, Parisiens ou pas, nous pleurions devant Notre-Dame en proie à l'incendie. Soudain, nous étions d'un temps et d'une terre. Ce 15 avril 2019, le brasier nous rendit français.
Une flèche tomba, celle qui indiquait le ciel...
En nous bouleversant, cette chute nous arrachait au matérialisme ambiant et nous rappelait l'importance du sacré. Lorsqu'un supermarché brûle, cela affecte son propriétaire et ses employés, cela ne cause pas un chagrin aussi immense que celui qui nous envahissait, coupé du fétichisme technologique, loin de l'idéal de possession, étranger aux considérations commerciales. C'était le mystère profond de la condition humaine et de l'incarnation que la fournaise menaçait, et ce mystère réapparaissait tout d'un coup, comme s'il criait à travers les flammèches. Nous redécouvrions ce que nous avions sous les yeux. Le sacré ne se retirait pas, il surgissait.