Il y a les héros de guerre, et ceux d'après guerre. Ludwig Guttmann appartient à cette seconde catégorie. La page de la Seconde Guerre mondiale tournée, le neurochirurgien a continué, dans son hôpital de Stoke Mandeville, à 60 kilomètres de Londres, à relever des vies terrassées par le conflit. Celles de soldats britanniques revenus brisés du front, au sens propre : la colonne vertébrale en miettes. Pour soigner les corps et les têtes, cet ancien escrimeur universitaire a dégainé une botte secrète et inédite : la pratique sportive.
Sa méthode s'est révélée si efficace que, près de quatre-vingts ans plus tard, il ne viendrait pas à l'esprit du mouvement paralympique de se demander où conserver sa flamme. Cela ne peut être qu'à Stoke Mandeville. Elle y sera donc allumée dimanche prochain avant de s'élancer vers Paris. « C'est aussi naturel que de conserver la flamme olympique à Olympie », assène Philip Craven, ancien président du Comité international paralympique (2001-2017) et joueur de grande classe de basket fauteuil, lui-même passé par Stoke. « Ludwig Guttman a sauvé beaucoup de gens, dont je fais partie », souffle cet homme de 74 ans aujourd'hui comblé, marié et père de famille, après avoir subi un accident d'escalade à l'adolescence.
En 2012, dans la foulée du succès des Jeux paralympiques de Londres, la BBC a consacré un téléfilm à Ludwig Guttmann. Renaissance est une fiction fort bien documentée. Le médecin, un Juif allemand exilé à Londres après avoir fui le nazisme, y apparaît tel que le décrivent ceux qui l'ont approché : « Un humaniste, mais aussi un dictateur qui a imposé très fermement ses idées à un corps médical réticent », s'amuse Philip Craven. Réputé brillant depuis ses débuts en Allemagne, Guttmann fonde en 1944 le Centre national des blessés de la moelle épinière au sein de l'hôpital de Stoke Mandeville, petite ville de 6 000 habitants.