Paris 2024 : avec les Jeux, la géopolitique s’urbanise
Stéphane Colineau
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Le footballeur Didier Drogba tenant la flamme olympique à Marseille, le 9 mai.
© LTD / SYLVAIN THOMAS/AFP
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Dans "Sport Power" (éditions Autrement), le chercheur de l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) Lukas Aubin analyse la manière dont le sport est devenu un atout géopolitique pour les villes françaises. Paris 2024 en offre une illustration, comme l'a prouvé de façon spectaculaire l'arrivée « éminemment politique » de la flamme sur le Vieux-Port de Marseille à bord du Belem.
« On résume souvent la géopolitique aux États et aux conflits internationaux alors qu'il existe une multitude de rivalités locales », pose Lukas Aubin, qui pilote le programme « sport et géopolitique » à l'Iris. À cet égard, « l'arrivée de la flamme à Marseille par la mer est un symbole très fort, dans la mesure où la ville a l'ambition de rayonner sur l'arc méditerranéen, en Afrique et en Grèce, et ce, notamment, grâce au sport ». Mercredi, lors de l'apparition du Belem, ce sont des supporters de l'Olympique de Marseille qui ont déployé un tifo de 160 mètres de long à l'inspiration et aux couleurs helléniques, où apparaissait en lettres grecques « Massilia », nom latin de la cité phocéenne.
« C'est une sorte d'aboutissement pour la ville », pointe Lukas Aubin, alors que l'OM développe depuis plusieurs années des collections de maillots « Africa » ou en référence à la Grèce. « L'autre symbole fort de cette arrivée est évidemment de montrer que les JO concernent toute la France, y compris la plus grande rivale sportive de Paris », souligne le chercheur. Grâce à sa démonstration de force et de beauté, « Marseille a pu marquer sa différence de style et d'art de vivre avec la capitale, en allant jusqu'à refuser le logo Paris 2024 sur le stade Vélodrome », rappelle Lukas Aubin.
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La capitale n'avait pas besoin des Jeux olympiques pour attirer des touristes. « Ses grands enjeux sont là aussi géopolitiques et diplomatiques », juge Lukas Aubin. Certaines métropoles, dont Paris, sont aussi puissantes et rayonnantes que des États. Les JO permettent à Paris et à Anne Hidalgo de se positionner sur une échelle mondiale, d'établir une sorte d'indépendance vis-à-vis du pouvoir français, de s'affirmer face au président de la République Emmanuel Macron, auquel la maire s'oppose régulièrement. À plusieurs reprises, elle a souligné le poids des actions communes menées avec d'autres métropoles mondiales, notamment pour lutter contre le dérèglement climatique.
Stéphane Colineau
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