SOCIETY - L'anecdote estivale qui a marqué ta vie ?
ÉRIC JUDOR - Jusque tard dans l'adolescence, je pensais que j'allais faire tennisman pro. J'étais parti dans le Limousin, à vélo avec mon frère, faire des tournois. J'étais 4/6 à 16 ans, ce n'était pas suffisant pour être pro mais je voulais pas me l'avouer. Et là, j'arrive sur un tournoi, y a un mec qui s'appelle Varenne, il devait avoir 20 ans et c'était un super joueur de tennis. Je me voyais à Wimbledon, mais déjà dans le Limousin je voyais des mecs plus forts que moi, c'était mal barré. Quand il perdait un point, il disait « le con de Varenne », il se parlait à lui-même, c'était très bizarre. Le soir il y avait un petit foot, il me dit de venir jouer, et ça se finit aux tirs au but, et le mec me dit « Vas-y, toi, tu dois être fort, tu tires ! » et moi, je me dis que je vais être solide dans ma tête. Après tout, je veux être sportif pro, c'est important d'être costaud mentalement. Et là, je tire et le shoot est nul. Je crois que la balle a même rebondi deux fois avant d'arriver tranquillement dans les bras du gardien... Tout le monde a éclaté de rire. Le rire humiliant de 16 spectateurs. Et là, je me suis dit que mon rêve n'allait peut-être pas se réaliser.
Quel est le moment qui a changé ta vie ?
La rencontre avec Ramzy. Je suis avec mon ex-meuf, on sort dans un bar aux Halles à Paris, et je vois ce mec. Physiquement, je le trouve fascinant : la coupe de cheveux de George Michael, avec une frange, sa tête d'Arabe et son grand nez, ça donnait un truc incroyable. Il avait l'air complètement perdu dans cet endroit, j'ai dit à ma meuf de l'époque : « Il est trop marrant, ce mec, je vais aller lui parler. » C'était en 1994. Et ça a changé nos vies. Il avait une repartie géniale, ça a été comme un coup de foudre intellectuel. Ça fait plus de trente ans que ça dure ! Il y a eu des hauts et des bas, évidemment. C'est comme un couple, mais t'as pas le cul pour te réconcilier, donc c'est encore plus fort.