Une alternance morale

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Par Marc Crapez, chercheur associé à Sophiapol (Paris-X).

On le compare à Kennedy. Avec son côté "rock star" qui déclenche une ferveur quasi-mystique, Barak Obama est effectivement un Kennedy de l?ère numérique. Il a su fédérer sur sa personne. Son charisme, son punch et son talent sont indéniables. Il a aussi profité à plein de la crise financière et du rejet de Bush. Quel que soit le jugement que l?histoire portera, une majorité de gens pensent que la chute du dictateur irakien n?a pas contribué à stabiliser la région ni à pacifier les relations entre l?Occident et le monde musulman.

A travers Obama, les Américains ont élu un Jimmy Carter, le "type sympa", le contraire du repoussoir Nixon, celui qui ferait de nouveau aimer l?Amérique en dépit du Vietnam. Ils ont enfin élu un François Mitterrand, au sens où ce dernier incarnait l?alternance face à une droite indéboulonnable. Certes, Obama s?est gardé des promesses démagogiques de Mitterrand dans le domaine économique, mais sa venue incarne, à elle seule, une promesse pour ainsi dire morale. Grâce à lui, des Afro-Américains ont le sentiment de "participer pleinement à l?esprit de la nation" (selon la formule de l?écrivain Richard Wright dans Une Faim d?égalité).

Cette dimension d?alternance morale est semée d?embûches. L?alternance ne doit pas devenir une revanche et la morale ne doit pas se corrompre en moralisme abstrait. En politique étrangère, il faut éviter l?écueil de ce manque de discernement du moindre mal qui conduisit, naguère, les démocrates à saper l?autorité du Shah d?Iran au profit d?une révolution khomeinyste bien pire.

En politique intérieure, l?élection d?Obama est guettée par une déception proportionnelle aux espérances suscitées. Le mitterrandisme avait pâti de mauvais résultats économiques doublés d?un parfum de népotisme narcissique et de confiscation clientéliste. Obama ne doit pas oublier qu?il a choisi comme colistier vice-président Joe Biden, en raison notamment de ses origines modestes, pour tenter de rallier les suffrages de ce petit peuple blanc dont la majorité a déserté le parti démocrate sous Reagan, ces cols bleus et ouvriers qui, s?ils bâtissent des gratte-ciels, sont conchiés par les intellectuels "lefties" sous le sobriquet de "hard hats". Barak Obama a toujours voté avec l?aile gauche du parti démocrate et, sans adopter le langage méprisant de l?extrême-gauche, a eu tendance à présenter Bush comme une aberration : "je veux qu?on me rende mon pays, l?Amérique" (le 3 novembre dans l?Ohio).

Le nouveau président va passer du langage aux actes en formant son équipe. D?aucuns pronostiquent le recrutement de John Kerry, le perdant d?il y a quatre ans. Ce serait ranimer la discorde sans tourner la page. Au fantasme d?une possible tricherie électorale, les républicains ont répondu en s?inclinant avec fair-play patriotique devant le suffrage universel : "on est tous des Américains".

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