Patrons français : nouveaux pauvres ?

 |   |  495  mots
Par Jacques Marceau, président d'Aromates Relations Publiques, président de l'Institut Syntec des études et du conseil, et enseignant à l'Institut d'études politiques (IEP) d'Aix-en-Provence.

Alors que le grand et indécent déballage sur les rémunérations de ces dirigeants salariés que l'on persiste à appeler "patrons", continue à coup d'annonces sur des rémunérations qui ressemblent à des gros lots de loterie, ils sont près de 2,2 millions à travailler dur et sans filet pour maintenir à flot leur entreprise.

Ils ont un revenu moyen de 2.158,33 euros net par mois (chiffres Insee), pour un minimum de 60 heures de travail par semaine, ce qui place leur salaire horaire largement sous la barre du SMIC. De plus, et dans de très nombreux cas, le conjoint participe à l'activité sans statut social, ni salaire.

Non seulement ils n'ont pas de parachute doré, mais ils n'ont pas de parachute du tout : contrairement à n'importe quel salarié, cadre ou non cadre, ils n'ont pas le droit au chômage.

Endettés ou "bénéficiant" d'un découvert, ils ont donné des cautions personnelles et risquent de voir, à tout moment, la banque leur confisquer leur maison, leur outil de travail ou de se retrouver endettés à vie.

Le risque, eux, ils connaissent !

Ceux-là ne font pas la une des journaux, ils ne s'expriment pas à la télévision ou à la radio. Les organisations patronales sensées les représenter les ignorent. C'est vrai qu'ils n'ont pas les moyens de cotiser au Medef ou à la CGPME, ni de consacrer du temps à autre chose que la roue du hamster dans laquelle ils tournent : trop de nuits blanches à espérer qu'une commande arrive, que les organismes sociaux leurs laissent un léger répit, ou qu'un client envoie enfin son règlement. Rageant quand on sait que le niveau de trésorerie est l'un des critères de calcul des fameux bonus des cadres dirigeants des grands groupes et que cette trésorerie est constituée sur le dos des plus petits à coups de délais de règlement indécents.

Le succès du statut de l'auto entrepreneur, dont on pourrait à juste titre se réjouir, fait qu'ils seront de plus en plus nombreux à travailler dur avec la précarité et le risque maximum, c'est-à-dire pénal, pour seule récompense.

Et pourtant, ce sont eux qui font tourner la "machine France" en travaillant, en innovant, en créant des emplois et en assumant les charges qui font la qualité de vie des Français. Par leur engagement et leur travail, ce sont eux qui financent les salaires de ceux-là mêmes qui clament haut et fort qu'ils ne veulent pas rendre des comptes sur leurs performances.

Les lignes ont aujourd'hui bougé et la crise actuelle accélère le mouvement.

Ceux qui exploitent le travail des autres sont en train de changer de camp et les nouveaux pauvres ne seront pas, demain, forcément ceux d'aujourd'hui.

Prenons garde à ce que le modèle français, dont on nous dit volontiers qu'il retarde les effets de la crise, ne nous empêche pas de repartir,... définitivement.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Pour infos :
"ces dirigeants salariés" ne peuvent adhérer à la CGPME, mais au MEDEF. Car le statue de la CGPME oblige d'être propriétaire de son entreprise.
Ce qui donne un syndicat moins "actif" car les entrepreneurs sont dans leur entreprise et manque souvent de temps pour faire valoir leurs intérêts au niveau politique.

La gestion de la trésorerie avec les délais à rallonge (avec ou sans loi) est le problème N°1, juste avant la montagne administratif papivore, utile pour légitimer l'existence de qq administrations.

* : La loi sur les délais de paiement à permis à certain de rallonger les délais (je peux aller jusqu'à...) et aux autres de dire qu'ils ne changent rien puisque qu'ils vont avoir une dérogation!
Vive la France.
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Les salariés qui sont employés dans une entreprise ne connaissent pas leur bonheur, la garantie de toucher un salaire régulier, de ne pas déduire les charges patronales (Arghhhh!!) râler à cause des charges sociales... ne pas avoir à fouiller partout pour dénicher un contrat, afin de pouvoir payer en priorité les salaires.. des autres,... le salaire du patron passe en dernier si il en reste... et, souffrir de la pub que font ces.... employés "haut de gamme" qui n'ont rien du patron, et qui se gavent de primes et autres jackpots. Si il existe plusieurs vitesses concernant les salaires des employés, ce n'est rien en comparaison des écarts de salaires des patrons, qui, plus ils sont éloignés de leur centre d'activité, plus ils gagnent !!!
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
J'ai l'impression que chacun découvre la vie ici... C'est comme partout il y a les bonnes pratiques et les mauvaises...et comme toujours on ne parle que des mauvaises car c'est ce que l'on retient plus facilement et parce que cela est choquant. Bref rien de bien nouveau en soit. Il y aura toujours les employés modèles, les patrons modèles, les citoyens modèles,.... et d'un autre côté les personnes qui abusent à tous les niveaux (y compris dans les PME où il n'y a pas de parachute dorée et où le patron est propriétaire de l'entreprise également).
De grâce ne généralisons donc pas de quelques manière que cela soit la problématique, d'un côté comme de l'autre et gardons à l'esprit que l'on met plus facilement en avant les mauvaises pratiques que les bonnes. D'autre part, le problème est bien plus complexe que les généralités qui peuvent être mise en lumière ici.
Je trouve dommage de lire un article qui cherche à nous tirer les larmes et trop simpliste à mes yeux.

@Impot-Land : là encore je ne suis pas totalement d'accord avec vous... ce n'est pas aussi simple que ce que vous dites et tous les patrons n'ont pas la bonne conscience que vous soulevez. je rêve également du vrai entrepreneur qui pense à ses salariés avant tout et qui se paie en dernier. Mais comme je l'ai dit, attention ne généralisons pas les bons comportements de certains car nous ne sommes pas dans le monde de Disney... tout n'est pas rose, tout n'est pas noir dans les PME comme dans les grandes entreprises. Regardez donc autour de vous ;)
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
J'ai l'impression que chacun découvre la vie ici... C'est comme partout il y a les bonnes pratiques et les mauvaises...et comme toujours on ne parle que des mauvaises car c'est ce que l'on retient plus facilement et parce que cela est choquant. Bref rien de bien nouveau en soit. Il y aura toujours les employés modèles, les patrons modèles, les citoyens modèles,.... et d'un autre côté les personnes qui abusent à tous les niveaux (y compris dans les PME où il n'y a pas de parachute dorée et où le patron est propriétaire de l'entreprise également).
De grâce ne généralisons donc pas de quelques manière que cela soit la problématique, d'un côté comme de l'autre et gardons à l'esprit que l'on met plus facilement en avant les mauvaises pratiques que les bonnes. D'autre part, le problème est bien plus complexe que les généralités qui peuvent être mise en lumière ici.
Je trouve dommage de lire un article qui cherche à nous tirer les larmes et trop simpliste à mes yeux.

@Impot-Land : là encore je ne suis pas totalement d'accord avec vous... ce n'est pas aussi simple que ce que vous dites et tous les patrons n'ont pas la bonne conscience que vous soulevez. je rêve également du vrai entrepreneur qui pense à ses salariés avant tout et qui se paie en dernier. Mais comme je l'ai dit, attention ne généralisons pas les bons comportements de certains car nous ne sommes pas dans le monde de Disney... tout n'est pas rose, tout n'est pas noir dans les PME comme dans les grandes entreprises. Regardez donc autour de vous ;)
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Je crois qu'on se trompe singulièrement de cible ici : la problèmatique et le haro lancé sur la rémunération des dirigeants ne concerne absolument pas les milliers de PME que compte la france, mais bien les quelques centaines de grands groupes dans le monde où les dirigeants touchent des "rémunérations" scandaleuses au regard de leur charge de travail (identique, certes, à celle nos gérants de PME) et des bénéfices dont ils profitent largement et qui ne sont pas le fruit de leur réélle plus-value, mais bien celle de l'ensemble de forces de leur groupe...et c'est bien là que le bas blesse car sans tous ces échelons, tout ce travail d'équipe que constitue la fourmilière d'un grand groupes -et jusqu'à l'ouvrier qui serre les boulons en fin de chaîne - il n'y aurait pas de tels bénéfices, or la redistribution des richesses n'atteint pas ces "sous-niveaux" à sa juste et équitable valeur. Bref l'objet n'est pas de revenir aux errements du communisme, mais au moins d'éviter d'en arriver à l'extrême inverse tel que nous le re-connaissons aujourd'hui!!!
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Il y a des bons et des méchants comme partout.... Je pense que l'on ne peut pas généraliser de cette manière là les choses. Bien évidemment il y a des patrons qui n'abusent pas et sans doute plus que ceux qui abusent... Il en va de même pour les salariés. D'autres part, les abus ne viennent pas que des parachutes dorées et les grandes entreprises. Je suis certains que l'on voit tous les jours autour de soit des patrons de PME qui n'ont pas les mêmes pratiques vertueuses du bon entrepreneur qui sont décrites et qui abusent sur d'autres aspects (sur les salariés, frais personnels, divers arrangements,...).
tachons donc de veiller contre les abus de certains et de faire en sorte de nous montrer sous notre meilleur aspect d'entrepreneur comme il en est ;)

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :