Dette maudite

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(Crédits : Albert Caen)
Par Philippe Mabille, rédacteur en chef et éditorialiste à La Tribune.

Lagarde la colombe, Merkel le faucon? Les deux femmes les plus influentes en Europe viennent de faire deux déclarations strictement opposées sur la politique économique à mener pour sortir l'Europe de la récession. Dans la presse allemande, la ministre française a réclamé un "traitement spécial pour les dettes qui apparaissent comme conséquence de la crise". En clair un nouvel assouplissement des règles du traité de Maastricht, déjà troué comme un gruyère.

La France estime qu'il faudrait traiter séparément le "bon déficit", celui auquel nous a encouragé le FMI pour relancer la croissance, et le "mauvais déficit, celui qu'on traîne depuis trente ans". Cette idée ne peut que refléter la pensée intime du président de la République et risque de rallumer la controverse sur le respect de la discipline budgétaire en Europe. Nicolas Sarkozy est pourtant bien placé pour savoir que cette notion de "dette de crise" n'a aucun sens, lui qui a bien connu la précédente récession, celle de 1993, comme ministre du Budget. La dette publique avait alors enflé, passant de 40% à près de 60% de la richesse nationale, 20 points que l'on n'a jamais rattrapés depuis, même quand la croissance est revenue.

La récession actuelle devrait produire, hélas, les mêmes effets, avec une dette publique française qui tutoiera la barre des 80% du PIB fin 2010. La France est donc assez mal placée pour parler de déficits de crise, elle qui n'a jamais respecté en période de croissance la trajectoire de retour vers l'équilibre budgétaire auquel elle s'est pourtant engagée la main sur le c?ur. Comme en écho aux propos de Christine Lagarde, Angela Merkel a, de son côté, récusé tout relâchement de l'orthodoxie financière en Europe.

Dans une critique inhabituelle et d'une rare violence contre les politiques monétaires "non conventionnelles" menée par la Réserve fédérale américaine et la Banque d'Angleterre, la chancelière allemande a volé au secours de la Bundesbank, qui résiste aux pressions internationales pour qu'elle se mette, justement, à acheter des obligations d'Etat, ce que l'on appelle "monétiser" la dette. Pour résumer, la France s'inquiète surtout de la déflation et cherche tous les moyens pour masquer son impéritie budgétaire. Le prochain avatar sera la manipulation comptable préparée par Eric Woerth pour avaler la dette de la sécurité sociale sans augmenter les impôts. Et l'Allemagne, comme de tradition, ne s'inquiète que de l'inflation, qui menace de sortir du tube de dentifrice lorsque la crise s'achèvera?

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a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
L'histoire des crises précédentes nous apprend que l'on en sort que par une hausse des impots et par l'inflation, faute d'avoir eu le courage de regarder la réalité en face.La distinction sur la nature duale de la dette est aberrante, mais surtout inquiétante.Quand on refuse de reconnaitre que les données économiques ont changées et appellent une nécessaire adaptation, la sortie de crise sera retardée et elle sera douloureuse pour notre pays L'entétement de Sarkozy va nous couter trés cher!
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Effectivement, l'attitude de Mme Lagarde et de Sarkozy sur la dette publique est très décevante. Fillon - je donnerais ma chemise qu'il a un autre point de vue !-restera bientôt le seul à penser à long terme dans les hautes sphères de l'Etat!
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Effectivement NS (Nullité Suprême) va encore une fois aggraver les choses, comme il l'a fait lorsqu'il était ministre du Budget et que la dette publique est passée de 40% à 60% du PIB... Bravo l'incompétent bonimenteur et narcissique jusqu'à la nausée !!!
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Le problème de la dette est un faux problème ; Qu?un état soit endetté est tout a fait normal dans un système économique ou tout force a l?endettement .Si l?on veut changer le système il faut raisonner autrement et sortir de la pensée unique ; Une dette cela s?annule ; et oui je vois déjà les yeux exorbités de tous nos économistes.
Apres tout pourquoi se soucier des banquiers ? Se soucient ils, eux de mettre une économie mondiale dans la situation ou ils nous l?on amenés aujourd?hui ?
Supposons que une autorité politique supra nationale décide de remettre les pendules a zéro ; on supprime les dettes de tous les pays et on instaure un ordre économique imposant a chaque état de s?autofinancer ; Que feraient nos banquiers cupides ? La guerre ? Avec quoi ?
Que ces messieurs se cantonnent à financer les particuliers et les entreprises. Cela permettrait certainement de recadrer le microcosme boursier .
Utopie, peut être pas, car dans le système économique actuel comment se sortir d?une dette
Comme le dit @Briac ; l?impôt ou l?inflation et tôt ou tard on repart de plus belle dans le cercle vicieux .Depuis 5mois Les médias , les politiques nous chantent à tout bout de champs que la crise que nous vivons doit nous imposer un ordre économique nouveau ! ET que faisons nous RIEN § Les bourses repartent a la hausse, ces maudits spéculateurs, dont un nombre important de banquiers, tirent les matières premières a la hausse (pétrole entre autre)
Sans se soucier d?autre chose que de faire du profit pour le profit ! Politiciens et décideurs que faites vous ? Osez !!existe-t-il encore des visionnaires dans ce monde ?

a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
le problème est que quand un poids lourd comme les EU s'endette jusqu'au cou et trouve une dictature capable de tenir les salaires très bas comme la Chine pour le fournir contre de la monnaie de singe et la possibilité de se développer; (les EU s'appuient sur la chine comme ils s'appuyaient sur Ben Laden en Afghanistan et ça a toutes les chance de leur revenir dans la figure pareillement, c'est l'histoire de l'apprenti sorcier qui "just do it"et du mythe de celui qui ne savait pas que c'était impossible et qui l'a fait) les autres doivent suivre, même de loin, en s'endettant aussi, sinon ils se font larguer, et pour le recherche, et en matériel, ce qui est le cas simplement sur le plan de la force militaire. Si on n'a qu'un porte-avion, et pas de bombardier furtif, c'est que c'est trop cher pour nous, il faudrait s'endetter encore plus. Si on a supprimé la conscription c'est que c'était trop cher, on en est déjà au service minimum alors même qu'avec les anglais on fait l'effort le plus important en europe en % de budget.
Les impots, c'est juste la seule solution quand on arrive pas à vendre nos airbus, nos centrales nucléaires, nos TGV. Mais ce n'est pas grand chose car seul 1/3 des foyers fiscaux le versent, et il représente à peine 1/4 des revenus de l'état, le plus gros étant la TVA.

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