Attentat raté ? A voir...

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Par Sophie Gherardi, directrice adjointe de la rédaction de La Tribune.

En essayant de faire exploser un avion en vol un jour de Noël, Umar Farouk Abdulmutallab s'inscrivait bien dans l'esprit d'Al-Qaida - qu'il ait été ou non commissionné par l'organisation islamiste radicale. Celle-ci sait comment frapper de terreur les esprits occidentaux. Même raté, un attentat comme celui du vol Amsterdam-Detroit est beaucoup plus efficace, en termes de communication, que les voitures piégées qui explosent au milieu des marchés d'Irak ou du Pakistan en faisant des centaines de morts.

Les horreurs lointaines, on y pense et puis on oublie. Leur répétition crée un effet de lassitude, à tel point que de véritables carnages finissent par être évoqués en bref, voire ignorés, dans les informations. Tandis que la tentative avortée du jour de Noël a produit des effets considérables. Les vols transatlantiques accusent des retards d'une à deux heures, parce que tous les passagers sont palpés et leurs bagages à mains fouillés. Les procédures de sûreté ont été renforcées dans tous les aéroports, avec une exubérance qui pourrait prêter à sourire. Sur Singapore Airlines, une heure avant l'atterrissage sur un aéroport américain, "tous les passagers doivent être assis et ne doivent avoir aucun bagage à proximité, ni être recouverts d'une couverture". Cathay Pacific a interdit les téléphones portables et Korean Air l'usage d'Internet de surcroît.

A Roissy-Charles-de-Gaulle, les bagages à main sont interdits en cabine, à l'exception des sacs à main de dame, et tous les objets qu'ils contiennent doivent être placés dans une pochette de plastique. Déjà, les précédentes tentatives avaient créé pour les passagers du transport aérien des contraintes bouffonnes : enlever ses chaussures aux portiques de détection, abandonner aux services de sûreté limes à ongles ou couteaux suisses, renoncer à transporter "liquides, aérosols, gels et substances pâteuses". Depuis quelques mois, l'Union européenne essayait de se dépêtrer de cette dernière interdiction, introduite mi-2006 : non pas en la levant, tout simplement, mais en essayant de trouver des scanners capables de distinguer les liquides dangereux du dentifrice ou du lait pour bébé.

Comme le candidat au martyre du 25 décembre s'était muni de poudre, va-t-on interdire les soupes lyophilisées et investir en R&D pour distinguer l'oignon en poudre des matières détonantes ? Le terrorisme postmoderne a découvert, presque par inadvertance, le secret de l'emm?ment maximal : infliger des coûts énormes au système aérien et des désagréments à des millions de gens, ad vitam aeternam.

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