Concurrence dans les jeux en ligne : ce n'est pas gagné !

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L'opinion sur l'ouverture à la concurrence des jeux en ligne en France de Jacques Marceau
, président d'Aromates
, enseignant à l'IEP d'Aix-en-Provence, qui organise un colloque consacré à ce sujet le 22 avril prochain au Palais du Luxembourg (Sénat).

Quel espace économique sera en fin de compte laissé aux nouveaux entrants sur le marché des jeux d'argent en ligne, se demande Jacques Marceau, président de l'agence Aromates, qui organise un colloque consacré à ce sujet le 22 avril prochain au Palais du Luxembourg. Si, et de toute évidence, le processus d'ouverture du marché des jeux d'argent et de hasard s'est subitement accéléré du fait conjugué de la pression européenne et de la volonté du gouvernement principalement motivée par la crainte de laisser un marché en friches au moment de la prochaine coupe de monde de football, il n'en demeure pas moins que les conditions réelles de cette ouverture restent encore incertaines.

Certes une loi existe maintenant et le régulateur nouvellement installé, l'Arjel, a publié un cahier des charges précis qui fixe des règles strictes pour les opérateurs qui obtiendront une licence pour opérer en France. Ce cahier des charges a d'ailleurs donné le ton d'une ouverture qui sera, faut-il le rappeler, extrêmement encadrée, tout particulièrement en ce qui concerne la sécurité et la protection des joueurs.

Ces exigences de l'Etat, bien légitimes au regard des enjeux économiques et sociétaux de l'ouverture d'un marché décidemment pas comme les autres, posent néanmoins la question de l'espace qui sera laissé aux nouveaux entrants. Cette question se pose avec d'autant plus de force que notre pays n'est pas vraiment un exemple en matière d'ouverture de marchés à la concurrence.

A titre d'exemple, dans des domaines récemment ouverts comme ceux de l'électricité ou du gaz, les microscopiques concurrents des deux grands acteurs historiques que sont EDF et GDF Suez sont aujourd'hui moribonds. Et pour cause ! Les conditions de ce marché en France sont tellement défavorables aux nouveaux entrants que des grands acteurs internationaux de ces secteurs, aux reins pourtant plus solides, n'ont même pas tenté de mettre un pied dans notre pays. Ce qui est vrai pour l'électricité l'est également pour le gaz où le duopole historique représente 98% du marché, ou encore de la téléphonie mobile où les trois acteurs historiques se partagent 94% du marché. Peut-on parler d'ouverture et de concurrence avec des chiffres pareils ?

En sera-t-il de même dans le domaine du jeu? Sans doute pas. Tout d'abord, et de toute évidence, en raison du modèle économique du jeu en ligne qui n'a rien à voir avec celui d'un fournisseur d'énergie ou de télécommunications. Mais également du fait de l'attrait des Français pour le jeu en ligne confirmé par les positions déjà acquises par certains acteurs jusqu'à présent illégaux. Cependant, la marge de man?uvre pour le législateur et le régulateur est relativement faible car il faudra composer entre la tentation de protéger notre marché, son organisation et nos acteurs historiques, et rendre attractive la future offre légale. Car c'est bien là qu'est l'enjeu ! Et c'est le joueur qui, en fin de compte, décidera.

Au-delà de la question de la place qui sera occupée par les nouveaux entrants, se pose également la question de leur rôle. En effet, la France avait structuré une économie des jeux et paris autour de la protection des joueurs, en quelque sorte garantie par l'Etat, et une redistribution des produits d'une lourde fiscalité au bénéfice de l'économie de nos territoires et d'institutions, principalement sportives et équines.?Le nouveau marché qui se fait jour est l'occasion, non pas de remettre en cause les grands principes de cette redistribution mais d'en redéfinir les priorités et d'en améliorer tout à la fois l'équité et l'efficacité. C'est ainsi que se pose, notamment, la question du soutien à la filière cheval et au financement de la pratique sportive dans notre pays qui pourraient être améliorés à la faveur de la mise en place de ce nouveau cadre.

En dépit du temps que nos politiques auront mis à préparer cette ouverture et à façonner un cadre équilibré, propice à la réussite de cette dernière, il n'en demeure pas moins que la "recette miracle" n'existe pas et que, ni ces travaux préliminaires, ni le cadre législatif et réglementaire flambant neuf aujourd'hui arrêtés, ne suffiront, seuls, à réussir cette ouverture.?Il faudra, et ce qui a de toute évidence manqué à certains autres secteurs récemment ouverts à la concurrence, un régulateur puissamment armé, soutenu par une volonté politique forte.? Et ce n'est pas gagné....

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