Grèce : cela pourrait ne pas arriver qu'aux autres

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(Crédits : dr)
Par Valérie Plagnol, directrice de la stratégie, CM-CIC Securities, membre du CAE.

L'Europe et le FMI ont finalement mis au point un plan de soutien à la Grèce assorti de mesures budgétaires aussi drastiques dans leurs implications immédiates que raisonnables dans leur principe économique. Face à la panique des marchés, une telle solution s'imposait et la crédibilité de l'ensemble européen était bien en jeu. Mais pour avoir laissé les choses en arriver là, on serait bien tenté aujourd'hui de renvoyer dos à dos les Etats, les marchés et les régulateurs : car, face à une crise, à terme plus que prévisible au sein de la zone euro, la question centrale est bien d'y administrer les remèdes adéquats. Cela ne va pas sans en diagnostiquer les causes réelles.

Premier point, il est temps de se rendre compte que l'union monétaire sans convergence budgétaire n'est pas tenable. Dès sa construction, l'euro comportait un vice institutionnel renforcé par le compromis de 2005, demandé par la France et qui assouplissait encore l'application du Pacte de stabilité. Ce vice, c'est la faiblesse des institutions communes - en l'occurrence la Commission européenne. Les Etats gardant le dernier mot, la Commission s'est révélée impuissante à maintenir la convergence budgétaire telle que fixée par les traités.

Faut-il pour autant se débarrasser de l'euro comme certaines voix le suggèrent ? Certainement pas ! La devise commune a prouvé à bien des moments qu'elle remplissait son rôle de bouclier face aux chocs externes et qu'elle était sans conteste l'aboutissement de la construction du Marché unique. Ce qui importe donc, c'est de renforcer le rôle des institutions communes en matière de discipline budgétaire. Les Etats membres de l'Eurogroupe, s'ils veulent préserver cet acquis, doivent aussi en accepter la contrainte. La crise grecque, cela n'arrive pas qu'aux autres. La convergence budgétaire est incontournable et elle dépasse la simple question du rétablissement des finances publiques après les nécessaires sauvetages qui ont suivi la crise.

Deuxième point, une fois encore, nous constatons la myopie des marchés. Trop complaisants en période de croissance, ils deviennent trop sévères lorsque les choses se gâtent et le sauve-qui-peut général finit par provoquer ce que tous redoutent, la faillite du débiteur. Cela ne veut pas dire qu'il faut en finir avec les marchés ! Au contraire. La situation appelle, selon nous, une réponse en termes d'organisation et de transparence des marchés dérivés d'une part et, d'autre part, la mise en place d'un fonds européen de garantie pour les Etats, comme il a déjà été évoqué outre-Rhin. Ce dispositif au caractère exceptionnel - un fonds de consolidation assorti d'une capacité d'émission pour le compte des Etats - permettrait aux pays concernés et toujours sous condition d'alléger le coût de la consolidation et donc de le crédibiliser.

Troisième point, il reste à revoir l'arsenal réglementaire et prudentiel qui entoure ces marchés et qui s'appuie - ô combien ! - sur les agences de notation. Depuis la crise, rien n'a changé. Placées au coeur du système d'appréciation du risque, elles continuent de faire figure de pompier pyromane. Elles n'ont pas plus qu'hier les moyens de lancer suffisamment tôt des mises en garde audibles. Ce qui arrive doit alors arriver : le temps des dégradations tardives et paniquées. Ce fut le cas du Portugal et de l'Espagne au plus fort de la tourmente grecque, au risque de contraindre les investisseurs à se précipiter sans discernement vers la même sortie de secours.

Là encore, s'en tenir au seul changement du statut des agences n'est pas la bonne réponse. Publiques ou privées, elles garderont les mêmes défauts de perspicacité. Il faut revoir l'architecture prudentielle globale en amont en privilégiant les activités de crédit à l'économie par rapport à celles de marché et en renvoyant les investisseurs à leurs responsabilités en matière d'évaluation intégrée (et non sous-traitée) du risque. Ce sont les clés d'une relance prudentielle bien comprise. Il n'est pas sûr qu'on s'y dirige. Continuer de faire croire qu'il n'y a plus de risque parce qu'on aurait pris toutes les précautions, c'est là qu'est le vrai danger.

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a écrit le 06/05/2010 à 15:55 :
Les marchés ne sont pas myopes, ils sont spéculateurs, c'est leur rôle,au clairon et au canon, pour le meilleur et pour le pire... et ils ont l'avantage de faire du bruit avant qu'on se réveille encastré dans le mur!
Quant aux agences de notation, si des états jouent avec le feu de l'endettement maximum, de la démagogie, de l'irresponsabilité, de l'improductivité, et de l'absence d'esprit de conquête des marchés extérieurs, il ne sert à rien d'étrangler le porteur de mauvaise nouvelle, tout le monde peut voir que la Grèce est nue. Travail jusqu'à 67 ans en Allemagne, 57 en Grèce, c'est pas compliqué à comprendre! L'Espagne et le Portugal ne sont pas des foudres de guerre, on le savait avant la crise, et il est compréhensible que ce soit plus dur pour eux en cas de tourmente.
a écrit le 06/05/2010 à 8:35 :
La question n'est pas de savoir s'il est préférable de renoncer à l'euro ou de le garder. La question est de savoir si nous pourrons le préserver. L'Allemagne n'a pas les moyens de financer tous les Etats peu solvables. Actuellement, le Portugal emprunte aussi pour financer la Grèce ! Le Bloc-or, jadis, a coulé... L'Allemagne et le Portugal peuvent-ils avoir la même monnaie (ou un taux de change fixe) ? Il convient d'en douter.
a écrit le 05/05/2010 à 9:56 :
La question de savoir s'il faut se débarrasser de l'euro ne se pose pas. La question est: l'euro survivra t-il au chaos actuel (qui n'en est qu'a son début) ?

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