"Lagardonomics"

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Par François Lenglet, rédacteur en chef à La Tribune.

On n'a jamais rien entendu d'aussi troublant depuis l'"obscure clarté" de Corneille : selon la ministre de l'Economie, la France est désormais à l'heure de la "rilance", fruit du croisement lexicologique entre "rigueur" et "relance". Il fallait tout le talent de notre Grande Argentière pour désigner si élégamment ce qu'un esprit contraint dans les limites de la normalité a quelque difficulté à concevoir.

D'habitude, quand on appuie en même temps sur le frein et l'accélérateur, on cale. Et nul doute que les députés, qui examinent aujourd'hui les comptes de la nation, ne soient tentés de répondre à notre ministre avec les mots de Boileau : ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement. Et en général au moyen de termes répertoriés dans le dictionnaire.

Pourtant, l'occasion est trop belle d'élargir le champ conceptuel de la science économique. Puisque les écoliers sont en vacances, et que leurs sages oreilles ne seront pas froissées par nos divagations, profitons-en pour nous risquer dans le sillage de l'altière Christine Lagarde. Pourquoi ne pas utiliser désormais "allocapôts", contraction de "allocation" et "impôt" ? L'une est le contraire de l'autre, mais les deux marchent toujours l'amble : pas question de distribuer sans prélever.

Ou bien "Econopense", qui pourrait s'appliquer au comportement de certains ministres démissionnaires, qui associent les économies - dans les paroles - et les dépenses, somptuaires à l'évidence. Il nous manque également un terme qui désignerait un dispositif censé limiter le montant des impôts à 50% du revenu, mais qui, en réalité, ne limite rien du tout. Une sorte d'obscure clarté en matière d'impôt. Tiens, c'est vrai, le mot existe déjà : bouclier fiscal.

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