Le déclin allemand, un risque pour l'Europe

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Après des années de stagnation, l'Allemagne affiche des performances économiques étonnantes. Mais vont-elles durer ? A terme, le pays risque d'être rattrapé par son vieillissement accéléré, synonyme de croissance anémiée. La dette publique allemande serait alors assise sur une économie chancelante.

Incontestablement, la mode est à l'Allemagne. Il faut s'esbaudir devant une croissance mirobolante (3,6% en 2010, alors que la France voit son économie hoqueter à + 1,5%), même si on oublie au passage que la récession allemande fut en 2009 quasiment deux fois plus violente que celle enregistrée dans l'Hexagone. Sans parler, bien sûr, du chômage tombé à 6,7% de la population active outre-Rhin, synonyme ou presque de plein emploi. En France, il est encore proche de 10%. Il ne resterait donc plus qu'à s'inspirer de ce modèle, définitif. C'est ce qui est amorcé, avec la thématique de la convergence fiscale franco-allemande, lancée par Nicolas Sarkozy. Une convergence qui intéresse très modérément nos voisins. Si elle a lieu, un tant soit peu, elle reviendrait simplement à une importation d'une partie des règles allemandes. Exemple : les sociétés ne pourraient plus déduire tous les intérêts payés de leurs bénéfices.

Le problème, c'est que, si le pays de Goethe "avance aujourd'hui avec des bottes de sept lieues", comme le dit son ministre de l'Economie, Rainer Brüderle, à entendre de nombreux économistes, nos voisins sont en train de manger leur pain blanc. Pour une raison toute simple, que la bonne conjoncture actuelle tend à occulter : la démographie. Alors que la natalité bat des records en France, que le nombre de résidents dans l'Hexagone a augmenté de 358.000 en 2010, la population allemande baisse, d'ores et déjà. C'est le cas depuis 2004, et le mouvement s'accélère. En 2009, le nombre d'habitants outre-Rhin est repassé pour la première fois sous les 82 millions depuis 1996, avec une chute de 200.000. Cette baisse va s'amplifier. Selon l'office allemand de la statistique, Destatis, hors immigration, la diminution du nombre d'habitants atteindrait 300.000 par an en 2020, puis 410.000 en 2030, avant de se "stabiliser" autour de 500.000.

Tout est affaire d'échéance. A court terme, ce début d'hémorragie contribue à la baisse du chômage. La population active diminue d'un peu plus de 100.000 par an. Donc, sans aucune création d'emploi, le chômage baisse d'autant. Avec un recours massif au temps partiel pendant la crise, qui a permis aux entreprises d'éviter de licencier, cette situation explique largement le très faible taux de chômage enregistré outre-Rhin. Mais, à échéance de 2020, "une dégradation est à prévoir", souligne Eric Heyer, directeur adjoint du département analyse et prévision de l'OFCE.

Comment obtenir une forte croissance avec une population déclinante ? Un premier moyen, c'est de réformer le marché du travail afin d'augmenter le taux d'emploi, en comprimant les salaires, au passage. Les Allemands l'ont déjà fait. Les difficultés de recrutement, déjà sensibles, s'agissant des personnels qualifiés, vont donc s'accentuer. A moins de recourir massivement à l'immigration, ce qui est politiquement inimaginable, aujourd'hui en Allemagne. La deuxième possibilité réside dans les gains de productivité. Mais ils sont tendanciellement sur la voie du ralentissement. "Avec une baisse de la population active de 0,5% chaque année, et un progrès technique encore en hausse de 1,5%, la croissance potentielle de l'Allemagne est limitée à 1%", souligne-t-on rue de Bercy.

Le vieillissement aura bien sûr d'autres conséquences. Comment financer les retraites, la dépendance ? S'agissant de cette dernière, les Allemands ont créé un "cinquième risque", une branche spécifique de l'équivalent de notre Sécurité sociale, conçue comme devant être toujours à l'équilibre. Déjà, la cotisation finançant la dépendance est passée de 1% des salaires en 1996 à 1,87% aujourd'hui. Elle augmentera nécessairement. De même que les cotisations destinées à payer les retraites. L'âge de départ a été repoussé à 67 ans. Difficile d'aller au-delà, ou de diminuer les pensions, déjà sévèrement rabotées.

Indispensable pour assurer l'équilibre des caisses de retraite, la hausse des cotisations sociales contribuera à augmenter le coût du travail. D'où un moindre dynamisme des embauches et, in fine, une croissance anémiée. Voilà pourquoi il existe de "vraies interrogations sur la soutenabilité de la dette allemande", estime Éric Heyer. Comment assurer le service d'une dette publique assise sur une économie mal-en-point, à l'horizon d'une petite dizaine d'années ? La volonté allemande de réduire coûte que coûte et rapidement ses déficits, alors que l'Europe aurait encore besoin de relance, s'explique largement par cet avenir inquiétant. Elle ne facilite pas l'ébauche d'une coordination européenne des politiques économiques.

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Commentaires
a écrit le 30/01/2011 à 21:52 :
Le problème de la natalité en Allemagne, comme dans dautres pays d'Europe est bien connu de tout le monde, sans cela on ne comprendrait pas le laisser aller que toutes les frontières de l'Union subissent. Le drame allemand et européan est que nous sommes certains que nous avons besoin d'étrangers pour faire fonctionner nos entreprises. Le pire c'est que les gens qui viennent sont des gens sans profession qui tôt ou tard iront remplir le chomage car si nous voyons bien le problème chomage, une partie importante est de personnes sans formation. En revenant á l'Allemagne, il y a certains mouvements de la part du gouvernement de Mme. Merkel pour faire venir des personnes formées et si possibles européennes.

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