Quand la Chine dépassera l'Amérique

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DR (Crédits : Albert Caen)
Par Philippe Mabille, rédacteur en chef et éditorialiste à La Tribune.

C'est une blague en forme de dialogue de sourds qui circulait, au milieu des années 2000, à propos de l'ignorance supposée du président George W. Bush...

"Condoleeza Rice : Sir, I have the report here about the new leader of China.
- George : Great. Lay it on me.
- Condoleeza : "Hu" is the new leader of China.
- George : That's what I want to know.
- Condoleeza : That's what I'm telling you !
- George : That's what I'm asking you ! Who is the new leader of China ?
- Condoleeza : Yes.
- George : I mean the fellow's name.
- Condoleeza : Hu !
- George : The Chinaman !
- Condoleeza : I'm telling you Hu is leading China.
- George : That's who's name ?
- Condoleeza : Yes.
- George : Will you or will you not tell me the name of the new leader in China ?
- Condoleeza : Yes, Sir.
- George : Yassir ? Yassir Arafat is in China ? I thought he was in the Middle East... ", etc.

En ce début 2011, plus personne, et certainement pas Barack Obama, ne se demande qui est Mr Hu. Et personne ne rit plus de la nouvelle rivalité États-Unis-Chine qui s'apprête à changer, à bouleverser même, le monde dans lequel nous vivons et surtout, nos enfants vivront. L'accueil grandiose accordé cette semaine au premier Chinois au cours de sa visite d'Etat à Washington montre que l'Amérique a pris acte du fait que la Chine devance désormais le Japon sur la deuxième marche du podium économique mondial. Et compte bien tout faire pour occuper ou plutôt réoccuper, comme au XVIIIe siècle, la première place.

Signe des temps, l'hebdomadaire The Economist propose depuis fin décembre sur son site Internet un simulateur qui permet à tout un chacun d'estimer à quel horizon la Chine doublera les Etats-Unis. Sur la base d'une croissance respective de 7,75% en Chine et 2,5% aux Etats-Unis, d'une inflation de 4% et de 1,5% et d'une appréciation graduelle de la devise chinoise de 3% par an, cet événement se produirait selon le journal en 2019... avant la fin de l'actuelle décennie. Rappelons que, selon les dernières statistiques, la croissance chinoise a été de 10,3% en 2010, après 9,2% en 2009 et que l'inflation, à 4,6% en décembre, dépasse le plafond de 4% en dessous duquel entend la maintenir le gouvernement. Mais, même en prenant des hypothèses plus pessimistes sur la Chine et plus optimistes sur la reprise américaine, il ne fait guère de doute que le basculement du monde se produira à l'horizon des vingt prochaines années.

Dans les années 30 (2030 !), les Etats-Unis ne seront donc probablement plus le numéro un économique mondial. Mouvement inéluctable dont nous percevons qu'il changera notre façon de vivre, et pas seulement par l'emprise exercée par la multitude chinoise sur les matière premières, les ressources énergétiques et le changement climatique. Pour l'Amérique surtout, ce sera une remise en question fondamentale. Après avoir caressé l'idée d'un G2, d'un directoire Etats-Unis-Chine, refusé par les dirigeants chinois, Barack Obama s'est rendu à la raison : ce n'est pas "Mr Hubama qui dirigera le monde. Du coup, s'il n'a pas mis d'huile sur le feu des différends monétaires et commerciaux entre les deux pays, le président américain a haussé le ton à propos du respect des droits de l'homme. Et la réponse de Hu Jintao à son principal débiteur a été tout aussi directe en rappelant au respect des "choix respectifs de développement et aux intérêts primordiaux de chacun". Hu Jintao a beau avoir été traité de "dictateur" par Harry Reid, le leader démocrate au Sénat, la Chine n'est pas la Tunisie de Ben Ali. Et l'avenir prometteur du commerce entre les Etats-Unis et la Chine calme bien des ardeurs.

La guerre des empires ne fait bien sûr que commencer. Elle aura une dimension monétaire, commerciale, industrielle, mais aussi politique, géostratégique et militaire. L'Europe, faute d'existence politique, en est relativement absente. La question est de savoir si le match se déroulera avec, ou sans, elle.

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