La révolution douce du FMI

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Il est regrettable que l'actualité du FMI ne soit examinée, de France, que pour déceler d'hypothétiques indications sur l'éventuelle candidature de Dominique Strauss-Kahn en 2012.

Les équipes du Fonds ont ainsi produit ces dernières semaines pas moins de trois notes passionnantes (disponibles sur Imf.org) sur la question des mouvements internationaux de capitaux, et plus spécifiquement sur l'opportunité et l'efficacité de mesures visant, pour des pays émergents, à les encadrer dans certaines situations. Elles analysent en profondeur la nature des flux de capitaux (distinguant par exemple ceux qui s'investissent dans l'outil productif de ceux qui se ruent sur les actifs financiers), leur montant rapporté à l'économie du pays, l'état du marché du travail, des infrastructures et des finances publiques, etc. Puis, elles considèrent les différentes formes de limitation possibles et leurs effets, afin de concocter un « policy mix » adéquat et d'éviter que les restrictions ne frappent indistinctement les flux utiles et les flux spéculatifs, ou que le remède ne provoque ailleurs, par effet report, des troubles graves, car tout est interconnecté.

Que le FMI puisse juger pertinentes, sous certaines conditions, des restrictions à la libre circulation des capitaux constitue une rupture significative avec les décennies précédentes. Surtout, ces papiers font l'objet d'un réel débat entre les nombreuses nations membres de l'organisation, dont il serait pour le moins naïf d'imaginer qu'elles cautionneraient un discours uniquement destiné à l'électorat français. Pour autant, ceux qui, ici, seraient tentés de s'en emparer en prétendant qu'elles invitent à une remise en cause radicale du libéralisme passeraient complètement à côté de leur caractéristique essentielle, qui est la subtilité.

Car c'est bien là que se situe la rupture : le FMI passe d'un dogme, trop souvent appliqué sans discernement, telle une loi divine, qui ne supportait pas la contradiction, à une déclinaison intelligente et prudente des principes libéraux. Autrement dit, plutôt que de considérer qu'il n'existe qu'une recette, les experts du FMI examinent sans idéologie la palette de politiques économiques possibles et leurs effets avec un sens critique et scientifique. Enfin, ils reconnaissant la spécificité de chaque situation. Le monde est certes globalisé, le libre-échange a montré son efficacité à créer de la croissance, mais pour autant celle-ci est encore trop marquée de déséquilibres et d'hétérogénéité. Pour les corriger, l'économie mondialisée, encore jeune, requiert de l'intelligence, un raffinement des concepts, la coopération plutôt que des slogans ou des idées « simples ». On peut sans crainte faire un parallèle avec les leçons que les banques centrales ont tirées de leurs actions face à la crise de 2008 : des politiques non conventionnelles ont été mises en oeuvre qui ont évité le pire, enrichissant les moyens d'action futurs. Incidemment, c'est aussi la preuve que l'adoption en Europe d'une monnaie unique par 17 nations profondément disparates exigera aussi à l'avenir de réintroduire de la souplesse par un moyen ou un autre.

La démarche du FMI montre que les idées évoluent. C'est peut-être trop lent au goût de certains, mais cette lenteur tient au caractère multilatéral de la discussion, et c'est cela qui compte. Apprendre à gérer les systèmes qu'elle développe fait bien partie du quotidien de l'humanité. Vouloir réformer le monde en imaginant qu'il est prêt à se soumettre à une idée, aussi brillante soit-elle, est une fiction très française. On aimerait que le débat interne à notre pays puisse lui aussi se teinter de lucidité, d'humilité et de subtilité. Hélas, les discours entendus à l'approche de 2012 font craindre le contraire, et nous glissons chaque jour un peu plus vers le simplisme, la radicalisation et l'appauvrissement des idées. DSK est peut-être plus utile là où il est...

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