Les nouvelles richesses non marchandes
Alain Madelin
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L'économie de marché, certes, s'est imposée, mais la question de ses bornes reste posée. Martine Aubry souhaite expressément "décider des limites de la sphère marchande". Il s'agit là en fait de résister au mouvement d'ouverture et de mise en concurrence de nos services publics, impulsé par Bruxelles. Et il est vrai que beaucoup d'activités, hier considérées comme services publics, sont aujourd'hui transférées au privé à l'instar de nos télécommunications ou ouvertes à la concurrence sous diverses formes de délégation ou de concession de service public. Nul besoin d'être fonctionnaire pour planter un arbre au bord des routes. L'efficacité de l'économie marchande peut ainsi servir les missions d'intérêt public. L'univers marchand peut aussi d'ailleurs faire place à l'économie sociale et solidaire au travers de formes sociétales qui, à l'instar de nos mutuelles et de nos coopératives, permettent d'exercer des activités économiques dans des formes juridiques où la mission d'intérêt général l'emporte sur le profit.
Pourtant, le débat sur les limites de la sphère marchande n'est pas sans intérêt pour peu qu'on change de perspective. Une large part de l'activité humaine échappe à l'univers marchand et au calcul économique. Le travail domestique et le métier de parents, le bénévolat et l'entraide, l'autoproduction et le troc, le bricolage ou le jardinage sont autant d'activités qui ne rentrent pas dans le calcul du PIB. À l'échelle de la planète - c'est-à-dire en incluant les économies les plus pauvres pas encore vraiment entrées dans le système monétaire -, cette économie non marchande représente sans doute la moitié de l'activité humaine.
Deux Prix Nobel, Amartya Sen et Gary Becker, ont mis en évidence l'importance de cette partie cachée du système de production de richesse. Gary Becker a montré comment le raisonnement économique pouvait s'appliquer aussi à cette part de l'activité humaine. La nouveauté est que cette part non marchande de la société, loin d'être une survivance du passé destinée à être toujours davantage grignotée par les avancées de la société marchande, apparaît même aujourd'hui comme constitutive d'un nouveau système de richesse lié à notre entrée dans la société ouverte de la connaissance.
Alain Madelin