Si même les riches le réclament...

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Par Philippe Mabille, directeur adjoint de la rédaction de La Tribune.

C'est la fin d'un cycle vieux de trente ans. Depuis le tournant libéral des années Reagan et Thatcher, l'idéologie dominante a sanctifié la baisse de l'impôt comme arme de politique économique, avec pour argument principal l'idée de récompenser le mérite, le talent individuel et la création de richesse. Un économiste, Laffer, a inspiré tous les gouvernements occidentaux, au nom du "trop d'impôt tue l'impôt", illustré par sa fameuse courbe en cloche. Ce credo simpliste, mais efficace, a entraîné tous les pays développés dans une compétition fiscale acharnée qui a eu pour effet de faire converger les taux marginaux d'imposition vers une moyenne de 40%.

Cette époque est révolue. En Allemagne, au Royaume-Uni, aux Etats-Unis désormais, le nouveau consensus mondial est à faire payer plus les riches, en relevant les taux d'imposition. Ce retournement de tendance n'est pas conjoncturel, comme cherche à le faire croire Nicolas Sarkozy en présentant comme "temporaire " la taxe de crise de 3% sur les très hauts revenus qui sera votée dans le budget 2012. C'est un mouvement long, structurel, au nom de la cohésion sociale, qui est en marche, basé sur un raisonnement mathématique presque tautologique : seuls les "riches" ont encore de l'argent. Les "pauvres", eux, voient leurs revenus au mieux stagner et ne supporteront pas de payer la facture de la crise si l'exemple ne vient pas d'en haut. Dans les années 1930, Roosevelt avait porté jusqu'à 90% le taux marginal supérieur aux Etats-Unis.

Obama n'ira pas aussi loin, si tant est qu'il arrive à faire adopter au Congrès son impôt sur les millionnaires. Ce seront peut-être les électeurs de 2012 qui trancheront. Mais, alors que les écarts de revenus n'ont jamais été aussi élevés, les années 2010 seront celles de la régulation des inégalités. Même les plus riches la réclament. La taxe "Buffett" vaut mieux que la célèbre formule énoncée par l'ancien leader communiste Georges Marchais qui, en 1981, avait lancé : "au-dessus de 40.000 francs, je prends tout !".

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