La fin d'un rêve, le début d'un autre

 |   |  513  mots
Copyright Reuters
Copyright Reuters
Par François Roche, conseiller éditorial à La Tribune

La réalité a rattrapé le rêve. L'épreuve, que subit l'Union européenne depuis l'année dernière, signe la fin d'une conception généreuse, voire utopique, d'une Europe qui se serait bâtie sur son besoin de renaissance après la Seconde Guerre mondiale et sur la volonté de construire un ensemble solide, solidaire, cohérent, embrassant les terres comprises entre l'Atlantique et l'Oural, le Cercle polaire et l'Anatolie. Les derniers événements signent le coup de grâce de cette vision-là de l'Europe, qui ne s'est d'ailleurs jamais réellement concrétisée. Que nous enseigne en effet la crise de l'euro ? D'abord, que l'outil, la monnaie unique, est devenu la structure de base de l'Union. Il n'en existe pas d'autres qui soient aussi décisifs, qu'il s'agisse de politique étrangère ou d'harmonisation sociale. L'Europe de l'euro est devenue l'Europe tout court. Il est probable en effet que l'Union des pays membres de la zone euro sortira de la crise grecque avec des mécanismes de gouvernance renouvelés, une autorité centrale plus affirmée, un arsenal de dispositifs de surveillance des politiques fiscales de ses membres beaucoup plus affûté, et que cette nouvelle donne va produire, une fois la crise passée, davantage de stabilité, de cohésion et de convergence. Si les petits cochons ne la mangent pas, cette future union monétaire de l'euro sera la plus « gouvernée » du monde et sera donc de nature à rassurer les grands détenteurs d'euros que sont les États-Unis et la Chine.

Et les pays non membres de la zone euro ? Plus cela ira, plus leur statut sera difficile à tenir. Certains ont vocation à entrer dans la zone, mais leurs comptes seront examinés à la loupe, d'autres ne veulent toujours pas y adhérer et bénéficient de clauses d'exemptions à géographie variable, comme la Grande-Bretagne ou la Suède. Tout cela forme un ensemble hétéroclite, sans grands projets communs, excepté peut-être pour les pays d'Europe centrale comme la Pologne, la Hongrie ou la République tchèque, encore qu'ils semblent plus intéressés par leur appartenance à l'Otan qu'à l'Union européenne.

Qu'on le veuille ou non, et même dans la crise actuelle, l'euro est un puissant agrégateur. Depuis son lancement, il a permis l'édification d'un socle de valeurs communes qui, même si elles ne s'expriment pas avec la même intensité partout, n'en construisent pas moins un univers économique différent des autres. Surtout, si le sommet de mercredi tient ses promesses, la zone euro aura réussi à calmer la plus grave crise de sa jeune existence et à provoquer, dans la douleur certes, une prise de conscience que tout retour en arrière serait bien pire que le problème qu'il serait censé résoudre. L'Europe sortira donc de l'épisode grec dans un état très différent de celui dans lequel elle y est entrée. Et ne serait-ce que pour cette raison, une remise à plat de ses institutions est plus que jamais nécessaire.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 27/10/2011 à 20:53 :
"une remise à plat de ses institutions est plus que jamais nécessaire"?
C'est du jargon politicien. Que veut-il dire exactement?
a écrit le 26/10/2011 à 13:14 :
L'auteur est désespérant de boboitude et d'incompréhension de l'économie.

L'euro nous a coulé car les allemands veulent un euro fort, et l'europe du sud a besoin d'un euro faible.

Voilà pourquoi cela ne marchera jamais.

Et l'auteur nous parle maintenant du rêve d'une autorité supra nationale, non élue, bien sûr, et qui sera dirigé par l'Allemagne.

Bientôt, les allemands déciderons de nos impôts (à la hausse, bien sûr), de nos aides sociales (à la baisse) de notre temps de travail, de ce que nous devons manger (fini le fromage au lait cru) etc etc etc ...

Un rêve ou un cauchemar ????

Et la sortie de l'euro est tout à fait possible, elle ne sera pas catastrophique (exemple de l'argentine) et ce sera toujours mieux que la stagnation généralisée que sous-tend le rêve de l'auteur ...

Il y a encore de nombreux fous européens ....
Réponse de le 26/10/2011 à 16:23 :
Oui, on croit effectivement rêver, et pas seulement en lisant le titre .
Réponse de le 26/10/2011 à 16:57 :
l'Euro est un puissant agrégateur dit l'Editorialiste. En ce moment c'est plutôt un puissant désagrégateur! Faire passer l'économie avant le politique est un vice de la construction européenne. La monnaie est avant tout un symbole de confiance, d'unité (du peuple, de la Nation), qui projette les individus dans un avenir commun.
L'avoir oublié (cf. référendum de 2005) conduit à ces dérives. Parler de crise des dettes souveraines pour masquer cette réalité et démanteler les Etats pour assurer le pouvoir de la finance est un piètre, mais lucratif, cache-misère de l'idéologie libérale.
Réponse de le 26/10/2011 à 17:23 :
L'autisme des journalistes en France est effrayant... Je suis tout a fait d'accord avec vous. La construction européenne va s'attirer de plus en plus de haine. Les européistes pensent que les gens vont se calmer une fois que nous serons définitivement prisonnier des institutions européennes. J'en doute.
L'euro ne nous permet pas d'ajuster les monnaies aux différences de compétitivités, de strucures économiques et de cultures des pays européens. Ça ne marchera jamais.
Pourquoi les élites françaises veulent à ce point germaniser l'Europe? Un sentiment d'infériorité à peine voilé? Un dédain pour son propre peuple? Une bonne vielle haine de soi bien rance?
Nous allons vers de grave trouble, j'en ai bien peur? La France ne sortira pas de sa crise morale comme ça.
Réponse de le 26/10/2011 à 17:38 :
L'autisme des journalistes en France est effrayant... Je suis tout a fait d'accord avec vous. La construction européenne va s'attirer de plus en plus de haine. Les européistes pensent que les gens vont se calmer une fois que nous serons définitivement prisonnier des institutions européennes. J'en doute.
L'euro ne nous permet pas d'ajuster les monnaies aux différences de compétitivités, de strucures économiques et de cultures des pays européens. Ça ne marchera jamais.
Pourquoi les élites françaises veulent à ce point germaniser l'Europe? Un sentiment d'infériorité à peine voilé? Un dédain pour son propre peuple? Une bonne vielle haine de soi bien rance?
Nous allons vers de grave trouble, j'en ai bien peur? La France ne sortira pas de sa crise morale comme ça.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :