Les « dirty little secrets » de l'infox sur la voiture électrique

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Batterie installée sur un modèle électrique Mercedes-Benz EQC sur une chaîne de production du constructeur à Brême en Allemagne.
Batterie installée sur un modèle électrique Mercedes-Benz EQC sur une chaîne de production du constructeur à Brême en Allemagne. (Crédits : Reuters)
CHRONIQUE. La voiture électrique fait aujourd'hui l'objet d'une critique selon laquelle elle polluerait davantage que le modèle classique en raison de l'emploi dans ses batteries de métaux non recyclables. Cette affirmation est non seulement sans fondements physique et économique sérieux mais a surtout pour conséquence de pénaliser les industriels européens. (*) Par Didier Julienne, Président de Commodities & Resources.

L'infoguerre stigmatise la voiture électrique de sa construction à son recyclage : elle polluerait autant voire plus qu'une automobile classique à cause de sa batterie composée de « métaux rares » non recyclables. Ces affirmations sont des infox, des fake-news anti-voiture électrique.

D'abord dans les métaux, la famille des « métaux rares » n'existe pas, c'est un canular sauvé par aucune géologie ni aucune science. Mais puisque les lanthanides existent et qu'ils sont aussi nommés « terres rares », c'est dans le but d'embrouiller les esprits que l'infox a mélangé les deux : « terres rares » (qui ne sont pas rares) et « métaux rares » (qui n'existent pas). La réussite de l'entourloupe fut notamment illustrée en août 2019 lorsque le futur ancien président Trump justifia la possibilité de l'achat du Groenland par l'exploitation de matières rares, plutôt que d'avouer une stratégie classique de confrontation avec la Russie dans le Grand Nord. Embrouiller c'est contrôler.

Il existe des alternatives

Ensuite, une batterie lithium Ion coûte encore environ 50 % du prix d'un véhicule électrique. Plus de 60 % de sa valeur correspond au coût des métaux et matériaux qui la composent, et son coût de fabrication est de moins de 10 %. Mais, cette entrave métallique est déjà contournée par des alternatives proposées par la recherche et le développement.

D'un côté le silicium se substituera au graphite synthétique avec de meilleurs résultats. De l'autre, bien que ni le nickel, ni le manganèse ni le cobalt ne soient en situation de pénurie, la part de cobalt dans les batteries a fortement diminué au profit du nickel, car son prix était trop élevé. Il a depuis été divisé par trois. Le prix du nickel étant à son tour sujet de spéculation, la combinaison nickel-cobalt est de plus en plus remplacée par la modernisation du phosphate de fer lithié, mis au point il y a 20 ans notamment au CNRS. Moins coûteux, plus endurants et avec une durée de vie plus longue, ses composants aux normes de sécurité plus élevées ne sont pas en tension économique ni environnementale. Ils ont déjà été adoptés par Tesla, Daimler et les constructeurs chinois.

Pas de pénurie de lithium

Enfin, qu'il vienne d'Australie, de Serbie, du Mexique, d'Alsace... le lithium est un élément profus de la croûte terrestre aux méthodes de production différentes des salars andins. Son prix est au plus bas bien qu'il connaisse en ce moment un petit rebond grâce aux anticipations de ventes de véhicules électriques. Dernier canular à abattre : les batteries ne contiennent pas de « terres rares » et nul n'ignore que les gros consommateurs de ces lanthanides sont encore les voitures essence et diesel. Naturellement, l'ensemble rentre déjà dans une boucle d'économie circulaire vertueuse, car ces matières sont recyclables.

La fake-news des « métaux rares » d'origine européenne est donc une cinquième colonne de l'infoguerre anti- voiture électrique. Elle s'exprime par une soupe de vocables simplificateurs tels que « sale » ou « mauvais » et de slogans caricaturaux : « voiture verte, batterie rouge ». Construite pour discréditer en Europe les usines et le progrès technique de la mobilité électrique, sans jamais proposer d'alternative sinon tout stopper, elle fait fuir les entreprises, fait passer l'industriel pour un voyou et la science une malédiction.

Les constructeurs asiatiques de batteries poursuivent leur conquête

Pourtant, malgré la fake-news des « métaux rares », les véhicules électriques passeront vraisemblablement de 2 % à plus de 70 % du marché automobile mondial d'ici 20 ans ; mais grâce à elle, et parce qu'ils ne sont pas les cibles de l'infox, les constructeurs de batteries chinois, coréens, japonais et demain indonésiens poursuivent leur conquête.

Ils détiennent 90 % du marché mondial et répondent au retard industriel européen en implantant leurs usines en Europe orientale et en Allemagne pour mieux absorber de la future consommation de notre continent. Et comme la Silicon Valley a étouffé le numérique européen avec comme résultat la domination des GAFA, le même scénario se déroule sous nos yeux dans l'électrique, mais cette fois au profit de l'Asie. Quelle réussite !

Alors que l'industrie européenne est en mode survie à cause de la pandémie, il est donc grotesque que les emplois européens de la voiture électrique et de « l'Airbus des batteries » soient ainsi fragilisés par une fake news des « métaux rares », dont il faudra bien un jour totalement dévoiler les « dirty little secrets ».

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(*) Didier Julienne spécialiste des marchés des matières premières anime un blog sur les problématiques industrielles et géopolitiques liées aux marchés des métaux. Il est aussi auteur sur LaTribune.fr

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Commentaires
a écrit le 01/12/2020 à 15:04 :
Combattre des "fake-new" imaginaires avant qu'elles ne paraissent n'est pas nouveau! C'est une méthode marketing!
a écrit le 01/12/2020 à 14:16 :
Les voitures électriques ne servent qu'a trimballer des tonnes de batteries. L'avenir est à la voiture à Hydrogène et au moteur Stirling. L'Hydrogène peut être produit dans des centrales nucléaires au Thorium, comme proposées par Carlo Rubbia.
Réponse de le 01/12/2020 à 20:24 :
Si on veut limiter les risques il est impensable de faire rouler des voitures avec des réservoirs gonflés à 700 bars qui deviendront des bombes au premier accident, et qui répendront de l'hydrogène gazeux dans l'atmosphère en créant une bulle explosive autour de l'accident.

Personnellement devoir me rendre dans une installation classée Seveso pour faire le plein de ma voiture, je passe mon tour. Malgré le faible nombre de stations à hydrogène en service dans le monde depuis quelques années 2 ont déjà explosé.

Et d'un point de vue consommateur je préfère dépendre d'une banale prise électrique pour recharger ma batterie que d'être client captif de l'industrie lourde pour remplir ma bombonne d'hydrogène.

Bref ma Leaf, même de première génération avec ses 130 pauvres km d'autonomie me convient très bien et me permet de faire mes 30 000 km par an sans aucune contrainte pour un tarif imbattable, surtout avec les bornes de recharge au boulot.

Revenir au thermique serait un retour en arrière énorme. Passer à l'hydrogène serait la même chose.
Réponse de le 29/12/2020 à 11:06 :
Savez-vous l’énergie nécessaire à la production de l’hydrogène ? C’est 3 fois plus élevé que pour rouler à l’électrique directement. De plus, les voitures hydrogène nécessitent aussi des batteries, puisque leurs moteurs sont électriques et ne reçoivent pas directement l’énergie du réservoir hydrogène mais doit être convertie et stockée. Et la batterie ne peut pas être petite, ou il faudrait la changer chaque année vu qu’elles ne tiennent qu’un certains nombre de cycles.

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