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OpinionsCommodities & Influence

Reconstruire la Nouvelle-Calédonie !... Mais pour faire quoi ?

Didier Julienne

Publié le 02 septembre 2024 à 06:32 - Mis à jour le 02 septembre 2024 à 14:22

Photo d'illustration

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Patrick FITZ / M&B

Le Quotidien Numérique

20 juin 2026

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OPINION. Alors que la Nouvelle-Calédonie s’enfonce encore plus dans la crise avec la mise au chômage des employés de l’usine du nord, les voix demandent la reconstruction l’économie de l’île. Mai pour reconstruire quoi exactement ? Par Didier Julienne, Président de Commodities & Resources (*).

Pourquoi une date du troisième référendum d'autodétermination sur l'indépendance de la Nouvelle-Calédonie de 2021, a-t-elle été décidée contre l'avis des indépendantistes ? Ces derniers boycottèrent le vote. Le référendum fut un échec démocratique et cette transgression fragilisa la paix de l'accord de Nouméa de 1998.

Conséquence du résultat de ce référendum, la réforme du corps électoral calédonien fut votée à Paris en 2023. Elle libéra les ultras brutaux et déclencha les violences inacceptables à partir du 13 mai 2024 à Nouméa. À cause de cette seconde transgression, la paix vieille de 26 ans fut rompue.

Par la suite, un « accord global » élyséen envisageait notamment la perte de souveraineté des provinces calédoniennes sur le nickel, c'est-à-dire pour la province Nord, la perte de la « Doctrine Nickel ».

En 3 ans, l'imprudence ou l'amateurisme politique auront cassé 26 ans de paix, ruiné l'économie calédonienne, divisé les habitants, fait fuir de Nouméa une partie de la population et fait exploser les forces politiques en laissant s'engouffrer l'influence infernale de Bakou et celles d'autres attractions slaves spécialistes de l'agitation populaire dans l'insurrection catastrophique. Mais également et plus grave, une influence à long terme dans les états-majors de forces politiques locales.

Pourtant, Édouard Philippe, ancien Premier ministre, expliquait au grand jour en mai 2024 que « l'aspiration du peuple Kanak à l'indépendance, à l'autodétermination ne cessera jamais, car elle est identitaire. » Dit autrement, avant d'agir en Nouvelle-Calédonie et d'engager l'épreuve de force, il est nécessaire de digérer cette idée et en tenir compte dans sa gestion au lieu de la transgresser.

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Il faudra un jour reconstruire la Nouvelle-Calédonie, lorsque l'insurrection sera totalement éteinte, ce qui n'est toujours pas le cas. Mais puisqu'aussi bien l'économie du Sud que l'usine du Nord demandent l'aide financière de Paris, cette dernière doit s'interroger. Reconstruire certes, mais pour faire quoi ?

Faut-il reconstruire des commerces, des entrepôts ou des bureaux et les laisser dans les mains des mêmes acteurs économiques qui ont géré le passé et l'immobilisme de l'économie de comptoir, ou bien faut-il rechercher de nouveaux acteurs économiques inclusifs ?

Faut-il conserver les mêmes dirigeants politiques calédoniens qui ont dénaturé le troisième référendum, puis qui ont été pris par surprise le 13 mai 2024, ou bien ne doivent-ils pas laisser la place avant que l'on songe à reconstruire ?

Faut-il réformer l'économie du nickel en redistribuant les concessions et laisser faire des alliances internationales ou bien nationaliser le nickel tout en sachant que l'État n'en a pas les compétences pour l'administrer  ? Ou bien faut-il immédiatement faire le choix économique du post-nickel vers d'autres secteurs agricole ou touristique ?

Enfin, ces choix économiques doivent-ils privilégier une reconstruction qui aura comme objectif final l'indépendance ; ou bien reconstruire la voie du milieu, un modèle de statu quo tel que l'accord de Nouméa ; ou encore une intégration plus forte de l'île « dans la France » ?

Posons-nous la question autrement. Une reconstruction est une chance de repartir à zéro, mais il faut au préalable fixer quelques objectifs. Si c'est la métropole qui paye plus de 5 milliards d'euros de reconstruction, ne doit-elle pas s'interroger sur la place de ses intérêts vitaux en Nouvelle-Calédonie ?

Le nickel calédonien n'est pas un intérêt vital pour Paris

L'État n'en perçoit aucun revenu fiscal, au contraire le nickel lui coûte, notamment à cause des impôts métropolitains qui sont transférés aux mines calédoniennes sous forme de subventions, prêts et arrangement fiscaux divers. En outre, le métal reste intégralement consommé en Asie et non pas en France. De plus, les batteries des voitures électriques fonctionnent désormais en grande majorité au mélange Lithium-Fer-Phosphate, sans nickel.

C'est pourquoi le marché du nickel est en crise de surproduction. Alors que des mines ouvrent encore chez le géant indonésien, elles ferment chez le voisin australien. Une réduction de l'offre est nécessaire, la mise sous cocon des mines calédoniennes est espérée par le marché. Cette faillite n'est pas une découverte, depuis plusieurs années, les politiques calédoniens ont été prévenus de l'impasse dans lesquelles ils se sont engagés.

Par ailleurs, le touristique calédonien n'est pas encore le relais économique espéré de l'ère post-nickel. Il n'a pas réussi à trouver sa rentabilité au milieu de la concurrence pléthorique des îles de l'océan Pacifique. L'État n'a aucun intérêt à y investir.

Le seul intérêt régalien français est la position stratégique de l'île face aux nations asiatiques. Le monde changé depuis la guerre froide. Notre Nouveau Monde bipolaire et post Ukraine impose à Paris de nouvelles ruptures. Il se doit de manifester ses intérêts stratégiques de Nouméa aux Marquises en y musclant sans complexe sa présence pour exercer son influence face à l'Asie du nord.

C'est naturellement et c'est bien normal un intérêt très différent de celui de l'ancien monde exprimé par Bakou, alors que notre nouveau monde post guerre froide demande de repenser ce que sont l'indépendance, la dépendance et la souveraineté à l'aune de la sécurité.

Quelle nation est-elle réellement indépendante des autres ?

Ne sont-elles pas au contraire toutes interdépendantes les unes des autres pour la monnaie, la justice, les frontières, l'agriculture, l'énergie ? L'un des modèles qui cumulent une grande partie de ses interdépendances et d'autres est l'exemple de la Communauté européenne ; c'est l'interdépendance qui est consubstantielle à sa paix intérieure, et non pas et l'indépendance ou la transgression.

Notre époque voit des percées militaires, des emprises, des conquêtes, des invasions se multiplier et l'enjeu est bien de nouer des alliances de souveraineté pour être plus fort. C'est vrai, la souveraineté est plus importante et plus forte que l'indépendance, mais le problème est qu'elle est aussi plus complexe.

L'indépendance en effet est un tout, une globalité, une réponse simple — oui ou non — à une question simple, qui ne nécessite pas d'explication approfondie. De son côté, la souveraineté demande des précisions. Elle doit énoncer clairement ses propres limites dans les souverainetés à conserver ou à acquérir et celles que l'on préfère partager comme la sécurité.

La souveraineté doit expliquer ses choix, elle réclame plus de réflexions, plus d'intelligences, plus de négociations avec le partenaire de la souveraineté partagée et elle procure plus de paix. Comme le rappelait l'écrivain et pilote Saint-Exupéry « la liberté c'est choisir son maître ». Être indépendant c'est choisir librement ses dépendances et ses interdépendances, c'est dépasser ses propres contradictions, c'est devenir souverain.

Ce sont bien par des réponses politiques à ces questions de souveraineté que la reconstruction de la Nouvelle-Calédonie retrouvera le chemin qu'elle n'aurait jamais dû quitter, celui de la paix.

______

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(*) Didier Julienne anime un blog sur les problématiques industrielles et géopolitiques liées aux marchés des métaux. Il est aussi auteur sur LaTribune.fr.

Didier Julienne

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