"L'argent de la terreur", le livre-enquête qui met à nu le financement de Daech

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La couverture du livre L'argent de la terreur - Enquête sur les trafics qui financent le terrorisme, coécrit par Denis Boulard, journaliste indépendant, et par Fabien Piliu, journaliste à La Tribune.
La couverture du livre "L'argent de la terreur - Enquête sur les trafics qui financent le terrorisme", coécrit par Denis Boulard, journaliste indépendant, et par Fabien Piliu, journaliste à La Tribune. (Crédits : DR)
L'attentat terroriste perpétré en Turquie dans la nuit du Nouvel An remet les projecteurs sur l'organisation État islamique, et sur une question corollaire décisive, celle du financement de ses crimes. Un récent ouvrage apporte un éclairage instructif sur le nerf de la guerre terroriste.

Mais comment font-ils ? Comment font les terroristes pour financer leur guerre en Syrie et en Irak et, en même temps, sponsoriser des attentats en Europe comme en Afrique, mais aussi, on l'a vu dans la nuit du Nouvel An, en Turquie ? Répondre à cette question est l'ambition de l'ouvrage "L'argent de la terreur - Enquête sur les trafics qui financent le terrorisme", coécrit par nos confrères Denis Boulard, journaliste indépendant, et par Fabien Piliu, de La Tribune (First Éditions, 2016)

Les auteurs évoquent bien sûr la source de revenus que représente le pétrole du Proche-Orient. Un aspect connu, mais dont on sous-estime souvent l'importance : 160 puits pompaient en effet du pétrole en Syrie pour Daech en 2015, générant pour l'organisation terroriste un revenu quotidien de 1,4 million d'euros. Ironie de l'histoire, "Damas vit à 90 % sur le pétrole de contrebande de Daech !", relèvent les auteurs.

À cela faut-il encore ajouter le pillage - par exemple 412 millions d'euros saisis à la banque centrale de Mossoul, en 2014 -, ainsi que la razzia de nombreuses banques régionales de dépôt qui abritaient l'épargne des populations locales.

De nombreux autres trafics de toutes sortes - cigarettes, balles de coton, bidons d'huile d'olive, drogue... - font notamment les riches heures de la région frontalière turco-syrienne autour du poste syrien de Bab-el-Hawa : "Si les Syriens sont, de part et d'autre, les principaux acteurs de ce vaste trafic, la Turquie semble clairement fermer les yeux", soulignent les deux enquêteurs.

Ceux-ci passent aussi en revue les nombreux autres pays dont l'implication, directe ou indirecte, dans le financement du terrorisme paraît souvent irréfutable, ou bien dont des "faisceaux d'indices concordants" incitent fortement à le penser.

Le budget d'une "petite" multinationale

Si fumer est un acte impie selon les djihadistes, le trafic de la drogue n'est pourtant pas l'exclusivité des mécréants "dégénérés". L'Etat islamique y participe sans retenue, soit directement, soit en rançonnant les trafiquants. D'ailleurs, le contrôle de la fabrication et de la commercialisation du captagon, la drogue la plus en vogue de la région, est devenu un enjeu économique important pour tous les groupes armés. Bref, tous trafics et flux confondus, Daech aurait disposé en 2015 de quelque 2,12 milliards d'euros. Un budget de "petite" multinationale !

Outre le décryptage des flux de financement et de leurs acteurs, un autre intérêt de l'ouvrage est de raconter la genèse des groupes terroristes toujours actifs, de remettre en mémoire les circonstances des erreurs tragiques de l'Occident - et particulièrement la guerre de la coalition internationale conduite par les Américains en Irak, en mars 2003, suivie de l'invasion du pays ainsi que de l'implosion de l'État et de décomposition de la société.

Avouons-le, la lecture de cette enquête pourra susciter une pointe de pessimisme : d'un côté, les auteurs signalent comment les centaines de millions de dollars d'aide internationale sont souvent essorés jusqu'aux dernières gouttes avant d'arriver à destination, aux populations civiles meurtries par le conflit ; de l'autre côté, ils nous racontent comment certains tueurs isolés "bricolent" le financement de leurs crimes : notamment par les crédits revolving ("Un crédit consommateur pour le jihad"), ou via la location d'un véhicule non rendu mais revendu sur Internet, ou encore par l'argent de la délinquance, comme la fraude à la TVA, à l'échelle européenne... Bref, petites ou grandes, les ressources de la terreur paraissent innombrables. On partage de ce fait l'opinion des auteurs, affirmant que "la lutte pour un monde plus sûr est loin d'être achevée".

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"L'argent de la terreur - Enquête sur les trafics qui financent le terrorisme", coécrit par nos confrères Denis Boulard, journaliste indépendant, et par Fabien Piliu, de La Tribune (First Éditions, 300 pages, 16,95 €, 2016)

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Commentaires
a écrit le 05/01/2017 à 9:16 :
Hé oui, on ne touche pas à l'argent roi dans notre système économique capitaliste mondialisé.

On le voit bien avec les paradis fiscaux qui ne seront jamais interdits et du coup les mafias et autres dangereux personnages pourront toujours financer les horreurs qu'ils commettent.

Ça se passe comme ça au sein de la World Company
a écrit le 05/01/2017 à 1:32 :
"particulièrement la guerre de la coalition internationale conduite par les Américains en Irak..." Et c'est NOUS qui payons LEURS dégâts!

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