Jean-François Chianetta, le vendeur augmenté

Perrine Créquy

Perrine Créquy
Il voit les choses en grand, et l'avenir en rose. Jean-François Chianetta entend réaliser 100 millions d'euros de chiffre d'affaires dans deux ans avec Augment, sa solution de réalité augmentée pour les professionnels.
Malgré une allure de geek et un abord très simple, il apprend à se transformer en « requin » pour défendre la viabilité de son entreprise - il a multiplié ses prix par dix cette année - et prendre sa place sur le marché. 150 clients professionnels, « essentiellement aux États-Unis, en Espagne et en Corée », des PME comme des grands groupes, utilisent son application à titre événementiel ou pour simplifier la vie de leurs forces de vente.
Dégainant son smartphone et sa tablette, il montre comment Augment permet d'accéder sans connexion à l'intégralité d'un catalogue en scannant une image aussi petite qu'une carte de visite, puis de visualiser un produit sous toutes ses coutures, et de simuler son intégration dans l'environnement réel. Après L'Oréal, qui a déjà équipé 1.700 vendeurs en France, les commerciaux allemands de Coca-Cola pourront dès cet été simuler l'installation d'un réfrigérateur à canettes dans un bar, à tel endroit et orienté avec tel angle, sans avoir à faire autre chose que de déplacer l'objet virtuel au sein de l'image de l'environnement réel transmise par la caméra de la tablette. Pour accélérer auprès de sa clientèle grands comptes, Jean-François Chianetta a conclu un partenariat avec Salesforce, un des grands noms des solutions CRM, et il recrute quatre développeurs d'affaires qui rejoindront bientôt les 14 salariés d'Augment.
Il était loin d'imaginer ce décollage quand il a commencé à esquisser sa technologie, il y a cinq ans, après... une chute. Un dérapage en VTT qu'il pratiquait alors intensément, en montagne, ainsi que l'escalade.
À l'époque, il était salarié chez l'éditeur de logiciels américain Coventor, et chargé de créer un système de visualisation 3D dynamique pour simuler des microsystèmes. Un poste décroché à l'issue de ses études d'ingénieur en mécanique à la Faculté polytechnique de Mons, qui l'ont mené dans une usine de moteurs de camions, chez Perkins Engines, à Peterborough (Royaume-Uni), et à l'École polytechnique de Montréal (Canada), où il a découvert les microsystèmes électromécaniques (MEMS).
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Très investi dans son travail, Jean-François Chianetta explore l'univers de la réalité virtuelle au salon Augmented World Expo de Santa Clara.
Il finit par démissionner en juin 2012, le jour de son entrée au sein de l'incubateur Le Camping, en juin 2012.
Il cofonde AugmenteDev avec Michael Jordan, rencontré six mois plus tôt, et Cyril Champier.
Fils d'immigrés siciliens qui a grandi dans le bassin minier de La Louvière, Jean-François Chianetta se délecte de ces découvertes tous azimuts. Il s'est même offert le rêve américain, avec l'ouverture l'an dernier d'un bureau piloté par Michael Jordan, à Chicago.
Le ton est aujourd'hui badin, mais l'aventure a failli tourner court.
Une aide de Scientipôle Initiative et une première levée de fonds dénouent la situation in extremis. Le jeune patron se souvient d'avoir quitté la maternité où sa fille était née trois jours plus tôt pour réceptionner ses 200.000 euros et passer les ordres de virement des salaires. Parmi les neuf business angels de ce premier tour, figure Tristan Vyskoc, associé gérant de Blackwell :
En quelques mois, il a décroché fin 2013 le contrat avec L'Oréal, « générant un effet levier pour un deuxième tour de table ».
Quatre nouveaux investisseurs participent à cette levée de 1,1 million d'euros en avril2014, dont l'entrepreneur Alain Roubach (Léon de Bruxelles) :
Rien ne peut entamer le flegme de Jean-François Chianetta, pas même une trésorerie tendue :
Lui aussi augmente ses ventes en 3D : décontraction, détermination, disruption.
MODE D'EMPLOI
Où le rencontrer ? Au bureau. « Nous sommes installés dans le 11e arrondissement de Paris, dans de très beaux locaux, de style Eiffel, sous une verrière. Il y a des poutres métalliques, un plancher massif, un canapé Chesterfield, un baby-foot et un carré de pelouse artificielle. »
Comment l'aborder ? Une démonstration. « Parler business m'intéresse, mais si vous avez une démo, quelque chose de cool, futuriste et technologique, c'est encore mieux. Et si c'est un robot, c'est le jackpot : j'en suis fou ! »
À éviter ! Les conversations légères. « La vie personnelle des uns et des autres ne m'intéresse pas. Vos dernières vacances, une dispute dans votre famille... gardez-les pour vous. »
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