« Faire payer les banques » ?

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(Crédits : THIERRY ROGE)
Il y a des promesses difficiles à tenir. Comme celle de « faire payer les banques pour les banques ». C'était le mantra des gouvernements européens une fois passé le trou d'air de 2008.

On venait de mettre sur la table 2.000 milliards d'euros d'argent public (garanties et cash) pour sauver le système bancaire. Les dettes des États avaient explosé et il fallait resserrer d'un, deux ou trois crans la ceinture des budgets publics.

Le public grimaçait : voir rogner sa retraite pour éponger les pertes de banques qui continuaient à verser des bonus indécents, c'était trop injuste. On lui a dit : « Plus jamais ça. » Promis-juré. Maintenant nous y sommes : depuis le 1er janvier, les banques doivent payer pour les banques... Enfin, presque.

Un nom royal

À Bruxelles, dans un immeuble flambant neuf, adossé à l'un des derniers pans de muraille médiévale de la ville, la patronne du Conseil européen de résolution, Elke König, a tenu il y a peu sa première conférence de presse dans un lobby en chantier - où deux minuscules radiateurs brassaient péniblement l'air -, futur siège de la « startup » de 130 personnes qu'elle dirige depuis l'an dernier. Un nom royal pour une mission tout ce qu'il y a de plus régalienne : « résoudre » les banques qui viendraient à faillir. En d'autres termes, les faire maigrir, voire les achever, en faisant payer... leurs actionnaires et leurs créanciers à concurrence de 8 % du bilan, pour éviter que les contribuables n'épongent les pertes.

Mais tout comme ses locaux, le système européen de résolution est encore en travaux. D'abord taper les créanciers, plutôt que puiser dans le budget de l'État crée des mécontents, comme on l'a vu en Italie avec le « bail-in » (par opposition au « bail-out » qui est le financement d'une résolution bancaire sur fonds publics) de quatre petites banques. Le créancier tondu peut être un simple épargnant et pas forcément Goldman Sachs. Quand il en vient à se suicider - cela a été le cas d'un de ces malchanceux qui s'était fait vendre des obligations risquées par sa propre banque -, l'affaire tourne à la crise politique.

Et cette semaine, le ministre des Finances chypriote Harris Georgiades a rappelé devant le Parlement européen que le « bail-in » avait eu dans son pays des « conséquences dévastatrices » et s'était traduit par une « perte de richesse massive ». Il faut dire qu'il avait été entrepris dans l'urgence, le gouvernement chypriote ayant dû s'exécuter avec un pistolet (allemand) sur la tempe.

8 % du bilan ne suffit pas toujours

Bruxelles a pourvu à cela et créé un « fonds de résolution »... financé par les banques, placé sous l'égide de Mme König. Problème : il ne recevra ses premiers euros qu'à la fin du mois. Quelques milliards, pas plus. D'ici huit ans, il devrait avoir reçu environ 55 milliards de contributions des banques. En attendant, les ministres des Finances se sont engagés en décembre à lui prêter cet argent en cas de besoin... mais le Conseil de résolution est toujours en train de négocier ces lignes de crédit. Enfin, si les moyens du fonds ne suffisaient pas, on taperait... à nouveau dans les caisses publiques.

En 2008, le système s'est effondré à cause des montagnes de « papier » écoulé par les banques américaines pour refinancer la bulle immobilière.

À présent, ce sont surtout les mauvaises créances des entreprises qui pèsent sur les bilans et la dépréciation attendue des obligations publiques et privées - comme le prédit l'économiste Patrick Artus - qui risque de les faire couler. Ces risques-là liés au manque de croissance et à la politique hyperaccommodante des banques centrales ne devraient-ils pas être soutenus par la puissance publique et convertis en dettes publiques, plutôt que d'être épongés par les « banques », autrement dit les épargnants ? Une chose est sûre : en cas de nouvelle crise bancaire, l'Europe sera face à l'alternative entre une destruction massive de richesse, en cas de « bail-in », ou une nouvelle explosion des dettes publiques, en cas de « bail-out ».

« Faire payer les banques » n'est pas si facile.

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Commentaires
a écrit le 30/01/2016 à 8:15 :
Les banques sont des entreprises de prestations de services spécialisés avec un certain monopole grace a l etat et au lobbings. Elles ne sont pas a sauver ! Pendant ce temps le peuple trinque et coule. Pme pmi artisans agriculteurs coulent. Le peuple au chômage et sur endettés. En 2008 il fallait accepter la réalité et faire le menage car le banquier est toujours aussi vaniteux et oubli ce sauvetage qui a sauvé son emploi. En Grèce on vit avec a peine 30 euros. L espagne et l italie pas mieux et bientôt nous aussi. Bravo.
a écrit le 29/01/2016 à 22:40 :
Si les banques paient elles ne le factureront pas a leurs actionnaires ou leurs golden boys mais une fois de plus a leurs clients
a écrit le 29/01/2016 à 14:04 :
Encore n'importe quoi.... L'argent apporté aux banques a été remboursé par ces dernières. De plus il s'agissait surtout de soutenir l'investissement et la croissance, donc le pret de l'état servait aussi l'état et le peuple. bref...
a écrit le 29/01/2016 à 12:37 :
Faire payer les banques, pas facile. En revanche, les laisser s’enrichir, ça, c’est facile. Quand il n’y a pas de réelle volonté, forcément, on n’arrive pas à grand chose.

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