Jyrki Katainen, l'homme qui valait 300 milliards

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Jyrki Katainen, Ancien Premier ministre de Finlande
Jyrki Katainen, Ancien Premier ministre de Finlande (Crédits : DR)
Le vice-président de la Commission a un mandat et un seul : faire le tour des capitales européennes afin de « vendre » la garantie publique du Fonds européen pour les investissements stratégiques (FEIS). Et pour l'instant, Jyrki Katainen s'en sort bien.

Ses douze mois de tournée auront permis d'accélérer le déboursement des garanties publiques gérées par la BEI - 12 milliards d'euros engagés, sur les 22 du FEIS - et la promesse de 100 milliards d'investissement. Il en est revenu avec la conviction que « les aspects humains sont cruciaux » pour faire en sorte que le plan fonctionne sur le terrain. Et un chiffre magique de « 100 milliards » d'investissement généré.

« Toute la mise en oeuvre repose sur l'effet de levier résultant du financement du secteur privé. Or, il y a un manque d'information quant à l'ampleur de ce financement actuellement », note toutefois Alain Durré, de Goldman Sachs à Paris, tout en estimant que les 315 milliards du plan Juncker restent « une force de frappe assez importante » au plan macroéconomique.

10.000 à 12.000 logements d'ici à 2020

À la Cité régionale de l'environnement, à Pantin, où est installée l'équipe d'Énergies Posit'If, on confirme : le Plan Juncker a été « absolument fondamental » pour développer ce projet né en 2013 et qui vise la rénovation de 10.000 à 12.000 logements d'ici à 2020. Énergies Posit'If est une société d'économie mixte (SEM) qui compte pour actionnaires 14 collectivités franciliennes (dont la Région Île-de-France, la Ville de Paris et le Conseil départemental du Val-de-Marne) et deux établissements financiers. Elle fournit à la fois l'expertise technique pour concevoir le projet de rénovation et apporter les financements directement aux copropriétés, grâce au prêt de 100 millions d'euros de la BEI.

« Nous n'aurions pas pu obtenir un tel financement aussi rapidement sans le plan Juncker », explique Antoine Colin-Goguel, son secrétaire général.

Quatre mille logements sont actuellement accompagnés par Énergies Posit'If dans leurs projets de rénovation. Mais l'essentiel n'est pas tant le nombre que l'exemple, précise-t-il.

« À dix personnes, nous n'avons pas vocation à rénover l'Île-de-France à nous seuls. Mais nous voulons démontrer qu'un nouveau business model fonctionne et que les acteurs privés pourraient s'en inspirer. »

À la rentrée, le vice-président Katainen devra retourner devant le parlement pour obtenir une nouvelle ponction sur le budget européen, destinée à assurer la pérennité du FEIS au-delà de 2018.

« Nous ne couperons pas [le programme de recherche, NDLR] Horizon 2020. Nous regardons, à la marge, les instruments les moins efficaces », rassure-t-il.

Ce Finlandais de 45 ans, ancien ministre des finances puis Premier ministre, a le débit posé, un peu lent de ses compatriotes quand ils s'expriment en anglais, et un côté terriblement « sachlich ».

« Je suis un pragmatique doté d'optimisme », dit-il.

Début juin, il a été passé au gril pendant quatre heures par des députés souvent critiques : le plan bénéficiait surtout aux économies les plus riches (Allemagne, France, Italie, Royaume-Uni), finançait trop peu de projets dans le Sud, pas assez dans l'environnement, fournissait une garantie publique là où elle n'aurait peut-être pas été nécessaire, etc.

« Les députés ont des inquiétudes légitimes, mais nous avons eu aussi beaucoup de retours très positifs », conclut-il avec flegme. « L'état d'esprit à l'égard des financements européens est en train de changer », estime-t-il.

Mais passer d'une culture de la subvention à celle du partage des risques entre secteurs public et privé prend du temps, notamment en Europe centrale et là où les structures publiques sont plus fragiles.

Est-il inquiet du climat politique en Europe ?

« Le populisme a certainement un impact » sur l'investissement, explique celui qui a vu émerger dans son propre pays, alors qu'il était au pouvoir, le mouvement eurosceptique des Vrais Finlandais.

« Si les partis populistes étaient aux commandes au niveau national, personne ne sait quel serait l'impact sur les finances publiques. Par définition, les populistes n'agissent pas de façon responsable », dit-il.

En attendant, il poursuit sa mission de VRP. Il lui reste deux ans pour engranger 200 milliards supplémentaires d'investissement.

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