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OpinionsVu de Bruxelles

L’Europe se défait-elle par la Manche ?

Photo de Florence Autret

Florence Autret

Publié le 26 février 2016 à 13:00

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Le « deal » du 19 février sur le statut du Royaume-Uni dans l'Union va mettre à l'épreuve l'engagement européen des autres pays de l'Union.

Jean-Claude Juncker a voulu en faire un aboutissement. L'accord du 19 février, qui a permis à David Cameron de lancer sa campagne en faveur du maintien du Royaume-Uni dans l'Union européenne, « marque la fin d'un long voyage », a expliqué le président de la Commission européenne.

Ce vieux routier de l'intégration européenne connaît mieux que personne la longue chronique de cette relation compliquée. Elle ne fut fusionnelle que sur une courte période, quand, au début des années 1980, Lord Cockfield, envoyé à la Commission européenne par Margaret Thatcher, mit littéralement sur pied le marché unique. Depuis, le Royaume-Uni n'a cessé de prendre ses distances et n'habite qu'une partie de la maison commune. Dont acte. Maintenant, c'est dit. Les Britanniques vont pouvoir renouveler leur consentement... ou rendre les clés.

Au soir du 23 juin, tout sera clair !

C'est une manière de lire l'histoire. Hélas, les choses sont plus compliquées. En demandant à ses partenaires de mettre noir sur blanc les termes de son contrat avec le reste de l'Europe, David Cameron a brisé un tabou et créé un redoutable précédent.
Ce qui était juste toléré a été explicité, gravé dans le marbre d'un nouveau contrat ad hoc, sous la menace du divorce.

Le célibat occasionnel n'est plus juste une circonstance occasionnelle. Il n'est même plus seulement annexé au contrat de mariage (sous la forme de divers protocoles qui actent les multiples options de non-participation britanniques, danois, polonais, irlandais). Il prend désormais la forme d'un « accord international ». Bien sûr, l'arrangement a été conçu pour le Royaume-Uni. Depuis le début.

Il fallait qu'il obéisse néanmoins à des principes généraux. D'où la présence d'une armée de juristes dans l'antichambre du Conseil européen, afin de concevoir
un texte qui, tout en portant des mesures invocables par tous, ne puisse s'appliquer en pratique qu'au Royaume-Uni. En pratique, mais pas en principe.

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Jean-Claude Juncker n'a-t-il pas précisé au soir de l'accord que « tous les États membres peuvent faire usage » de la possibilité offerte de limiter les avantages sociaux accordés aux travailleurs d'autres pays de l'Union européenne ?

L'amour vache des Britanniques pour Europe

La conclusion non écrite du Conseil est qu'il n'y aura plus désormais une seule manière d'être unis entre Européens. Est-ce une si mauvaise chose, comme le prétendent les Cassandre qui assurent dans les dîners en ville qu'un Brexit vaudrait mieux que l'application de cet accord scélérat ? Par forcément. L'amour vache que les Britanniques portent à l'Union souligne en creux les ambiguïtés de la fidélité
des autres. Derrière leur insolence pointent l'inconfort du leadership allemand et l'hypocrisie française.

Au soir du 19 février, Angela Merkel, la mine un peu triste, s'est bien gardée de jeter la pierre à Londres. S'affranchir de l'union toujours plus étroite ? « Ce n'est pas comme cela que je vois les choses », a-t-elle dit. Mais elle a aussi reconnu que cette affaire de bénéfices sociaux renvoyait à un problème plus général d'« interface » entre marché unique et « union sociale » ; il se pose aussi sur le Continent. Elle a également balayé d'un revers de la main l'idée que Londres puisse bloquer la gouvernance de la zone euro. La question est de savoir si l'on « veut ou non un changement de traité », laquelle n'a rien à voir avec ce qui a été octroyé à Cameron, a-t-elle dit. Un message directement adressé au Président français qui ne veut pas entendre parler d'une réforme du traité, et par là même empêche tout saut qualitatif vers une union politique. En ayant demandé à renégocier leur consentement, les Britanniques obligent les autres à réfléchir au leur. Pour le meilleur, ou pour le pire.

Florence Autret

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