Les deux crises qui minent l'Union

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(Crédits : Reuters)
Bruxelles est partie en vacances surchauffée par la crise grecque. Elle fait sa rentrée sidérée par le flot des réfugiés. D'un côté, un pays à la dérive : 25 % de chômage, un tiers de la population sous le seuil de pauvreté. De l'autre, 30.000 morts en quinze ans sur les routes de l'eldorado européen, et des millions de candidats à l'immigration. L'opinion est sous le choc.

L'Union européenne, elle, est touchée au coeur : la monnaie et la liberté de circuler sont en danger.Le Vieux Continent, dont Jeremy Rifkin annonçait, il y a encore quelques années, qu'il allait imposer au reste du monde sa « soft law » voit sa « hard law » - ses propres lois attaquée de front par la réalité du monde du xxie siècle. Le droit peut être « dur »... mais jamais autant que les faits. Le chaos géopolitique du Moyen-Orient et de l'Afrique, tout comme l'implacable mécanique de la faillite grecque à venir, sont des diamants qui rayent son bel acier. Du côté des migrants, les chiffres sont alarmants : au cours des six premiers mois de l'année, 340 000 hommes, femmes, enfants arrêtés par les autorités dans l'espace Schengen, deux fois et demie plus qu'en 2014 pendant la même période. C'est peu dire que cet afflux porte les fruits de la discorde, contaminé qu'il est par les jeux de politique intérieure.

Regardez l'usage habile fait par Laurent Fabius du « mur » que la Hongrie construit sur 175 kilomètres pour tenter de contenir le flot grandissant des réfugiés syriens et afghans. « Je trouve cela scandaleux », a dit le ministre des Affaires étrangères et contraire aux « valeurs communes » des Européens. Soit. Un mur, ce n'est pas joli. Mais a-t-il rappelé que, à la suite du démantèlement des premières barrières érigées par la Hongrie, à la demande de l'Union européenne, le nombre de réfugiés qui se sont présentés à ses portes est passé de 2000 en 2012, à 10000 en 2013, 43 000 en 2014 et s'élevait à 140000 pour les huit premiers mois de l'année ?

Au même moment ou presque, Angela Merkel tirait des conclusions ô combien différentes... et s'asseyait sur l'accord de Dublin (signé en 2013 à la suite des événements de Vintimille de 2011 où Nicolas Sarkozy avait rétabli un contrôle à la frontière italienne pour arrêter l'afflux de Tunisiens), lequel prévoit qu'un demandeur d'asile doit s'adresser à l'administration du pays par lequel il est entré sur le territoire européen.

Une décision prise sous la pression des manifestations de xénophobie en Allemagne... et au grand soulagement des administrations hongroise, italienne ou grecque qui auraient dû avoir à traiter l'essentiel des demandes des 800000 réfugiés attendus outre-Rhin cette année.

Quand il s'agit de traiter l'urgence, le droit européen est ambigu

Le traité européen confie aux institutions européennes le soin de proposer des mesures de sauvegarde en cas d'urgence... L'accord de Schengen rend possible le rétablissement des frontières à l'initiative... des États, en cas de trouble à l'ordre public ou à la sécurité. En pratique, Berlin et Paris ne se sont entendus que sur une chose : la surenchère sémantique en demandant la création d'un « droit d'asile unifié »... pour l'instant sans contenu concret. Les ministres de l'Intérieur et de l'Immigration se voient le 14 septembre à Luxembourg... Après le rejet de sa proposition - qui semble aujourd'hui si dérisoire - de quotas pour répartir les réfugiés, la Commission européenne fait, elle, profil bas.

Et que dire de la Grèce, où la campagne pour les élections du 20 septembre a ouvert une fenêtre de calme trompeur ? Bien sûr, il y a eu l'accord de juillet... et le mémorandum d'août. Mais l'encre du premier était à peine sèche que Paris se rangeait, sur la question qui fâche, du côté du Fonds monétaire international, contre Berlin, en demandant une restructuration de la montagne de dette grecque. D'une manière ou d'une autre, il faudra bien prendre acte de l'obsolescence de la règle du « no bail out » qui est pourtant la base du consensus allemand en faveur de l'euro et inventer cette « union de transfert » esquissée par Emmanuel Macron cette semaine, mais à laquelle l'Allemagne posera des conditions que la France n'acceptera jamais avant les élections de 2017. Comme pour les migrations, ce sont les bases du compromis entre Européens, gravé dans son droit, qui sont en pièces et qu'il faut réinventer.

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