Les morts se réveillent en douceur !

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DR (Crédits : Albert Caen)
Nous aurons donc un mini-choc de compétitivité de gauche, finalement assez équilibré, même si le tableau d'ensemble ressemble à une usine à gaz. Le « pacte de compétitivité et de croissance », annoncé par Jean-Marc Ayrault dès le lendemain de la remise du rapport de Louis Gallois, apporte enfin une réponse volontariste au déclin de l'entreprise France SA. Derrière la théâtralisation des réactions, trop pour les uns, trop peu pour les autres, ce sont bel et bien 20 milliards d'euros d'allégements supplémentaires des charges patronales que les entreprises, petites ou grandes, individuelles ou pas, vont obtenir... mais en 2014.

FRANÇOIS HOLLANDE A TRANCHÉ : les morts se réveillent en douceur... La subtilité du Crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE), et son habileté, tiennent en e° et à décaler d'un an le coût - et donc le financement - de ce qui s'apparente ni plus ni moins à une dévaluation fiscale, un choc d'offre pour enrayer les destructions d'emplois dans l'industrie.
Dans cette longue bataille politique, c'est la ligne colberto-productiviste incarnée par le ministre du redressement productif qui l'a emporté. Arnaud Montebourg s'est allié avec l'industrialiste Louis Gallois, ancien président d'EADS, fasciné par la réussite du modèle allemand. Les entreprises ont obtenu ce qu'elles voulaient mais pas comme elles le voulaient.
Il est encore trop tôt pour faire le bilan de l'efficacité globale d'un dispositif complexe, qui mélange des mesures aux effets contradictoires. Hausse de TVA pour les uns, mais pas avant 2014, de la fiscalité écologique pour les autres, à partir de 2016?; chacun des secteurs concernés va sortir sa calculette pour vérifier si le cadeau annoncé en est vraiment un.

JEAN-MARC AYRAULT PROMET que son crédit d'impôt va créer 300?000 emplois à l'horizon 2017, et doper la croissance de 0,5?point. Le procédé ressemble à s'y méprendre au discours que tenait Martine Aubry lors du passage aux 35 heures, lorsque la gauche promettait que cela créerait 700?000 emplois. Le Premier ministre promet aussi qu'aucun secteur ne subira de hausse de prélèvement supérieure à l'avantage qu'il retirera des allégements de charges qui concerneront tous les salaires jusqu'à 2,5?smic. Cela correspondrait à une baisse de 6?% du coût du travail en France, de quoi effectivement enrichir la croissance en emplois plus qualifiés.
Il y a dans le plan présenté mardi trois innovations dont il faut se féliciter. D'abord, la reconnaissance de la réalité du problème du coût du travail.
La France a pris dix ans de retard par rapport à son principal concurrent, l'Allemagne. L'industrie française a perdu pendant cette période plus de 700?000?emplois et, dans le même temps, les marges des entreprises sont tombées à leur plus bas historique.
Deuxième innovation, la moitié du crédit d'impôt sera financée par un effort supplémentaire de réduction des dépenses publiques, soit 10 milliards d'euros, s'ajoutant aux 10 milliards déjà annoncés pour 2013. Ce choix est vertueux et prouve qu'il y a encore du gras à découper.
Troisième innovation, la promesse de stabilité fiscale et réglementaire pour la durée du quinquennat. C'est que sur un corps aussi écorché, la moindre égratignure fait mal désormais. Les entreprises ont aussi besoin de visibilité, appelons cela l'effet « Pigeon »?!
À chômage de masse, solutions innovantes. Il en est une néanmoins qui fera débat, c'est le « donnant-donnant », une vieille lune française. Le crédit d'impôt ne sera pas accordé à des entreprises qui délocalisent, affirme Jean-Marc Ayrault. Il n'est pas sûr que cette condition sans doute populaire mais contraire au droit communautaire soit du goût du commissaire (français) au marché intérieur, Michel Barnier, gardien du temple des règles européennes face aux tentations nationales, voire nationalistes.

DERNIER POINT, COMME L'A DIT LOUIS GALLOIS, IL N'Y A PAS QUE LE COÛT DU TRAVAIL. C'est un défi multifactoriel où la compétitivité hors coût, la formation, la R&D, est encore plus importante que la compétitivité coût. Mais on sait bien que l'une ne va pas sans l'autre et qu'il fallait bien commencer par un bout de la chaîne d'investissement : les profits. Il faut donc se féliciter que ce soit le socialisme de la production qui l'emporte sur celui de la redistribution. La France ne veut pas être un pays à bas salaire et à faible protection sociale, et elle a bien raison. Pour y parvenir, elle n'a plus d'autre choix que de retrousser ses manches.
Mais, le débat sur la durée légale du travail restant interdit, pour l'instant, le chaînon manquant de la bataille est du coup entre les mains des partenaires sociaux. Au pacte de compétitivité, il manque un pacte pour l'emploi.
Soldat socialiste, encore un effort, il ne manque plus qu'un contrat de travail unifié rapprochant les avantages du CDD et du CDI pour libérer l'embauche et sauver le pays?! C'est l'ironie de l'histoire que ce soit le destin de la gauche sociale-démocrate française que de devoir remettre le modèle français à l'endroit.

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Commentaires
a écrit le 28/11/2012 à 13:09 :
M Gallois ,interrogé le 9/11 par BFM business ,a déclaré que l'adoption d'une partie de son rapport marquait un "changement de climat "dans l'équipe dirigeante Oui , en effet . peut être Il n'en reste pas moins que rien n'est bouclé et que tout peut être "détricoté" par les élus du PS ( terme de Gallois exprimant déjà cette crainte ) Nous y voilà D'ailleurs , la rapidité de JMA à se servir dans son discours d'une partie des mesures préconisées ( crédit d'impôt ,TVA etc ) parait au moins suspecte Passé la satisfaction immédiate de certains chefs d'entreprises , de nombreuses craintes sur ces mesures apparaissent peu à peu et s'empllifient telles le report effectif à 2014 , la limitation à une partie seulement de la masse salariale etc etc ,et majoritairement le silence sur des mesures essentielles telles la compétitivité de la France Attendons donc la suite !!!
a écrit le 11/11/2012 à 17:21 :
et un droit du travail unifié qui rapprocherait fonctionnaires et non fonctionnaires, serait-il tellement obscène ?...
Réponse de le 12/11/2012 à 8:20 :
on pourrait aussi simplifier le droit du travail ... plus de 3000 pages , presque 11000 articles , on doit pouvoir faire plus simple :-)
a écrit le 10/11/2012 à 10:51 :
C'est plus de l'angélisme à ce stade ça confine au fanatisme.
Réponse de le 28/08/2014 à 0:07 :
le discours pro-business de Valls au Medef est un net progrès par rapport à sa conférence de presse post séminaire gouvernemental d'août mais ses prises de positions en matière macroéconomique et monetaire paraissent toujours deconnectees de la réalité
a écrit le 09/11/2012 à 23:07 :
D'ici 2014 beaucoup d'entreprises seront mortes.
Et en 2014 il restera 2 ans de quinquennat. En termes de visibilité c'est peu!
Hollande soigne la pneumonie avec de l'aspirine.
a écrit le 09/11/2012 à 10:47 :
Nous expliquer doctement, je cite, qu' "il est encore trop tôt pour faire le bilan de l'efficacité globale d'un dispositif complexe", alors que celui-ci n'a été annoncé que mardi et qu'aucune loi n'a été votée, ni même rédigée, ni aucun décret pris, franchement c'est plus que de la clairvoyance...ça confine au génie ! Merci pour cette forte analyse...
Après l'enfoncement de porte ouverte, vient l'ineptie présomptueuse : vous affirmez qu'il est "contraire au droit européen" de réserver ce crédit d'impôt aux entreprises qui ne délocalisent pas, alors que par construction, s'il est assis sur la masse salariale en France, il ne profite pas aux activités délocalisées... capito ?
Et de grâce, laissons donc M. Barnier tranquille, il n'a rien à voir là-dedans, et il est assez occupé à batailler avec le lobby financier (eh oui, il ne s'occupe pas de la concurrence mais du marché intérieur...wake up!)
Réponse de le 09/11/2012 à 12:59 :
la dernière phrase permet de comprendre l'angle de vue de l'analyste...
a écrit le 09/11/2012 à 9:41 :
Plutôt que de parler d'un réveil des morts, la webradio indépendante AWI préfère évoquer dans l'une de ses dernières chroniques audio l'arrivée d'un chevalier blanc appelé "Gallois" qui armé d'un rapport doit réveiller la belle endormie, sous entendu l'industrie française.
Réponse de le 09/11/2012 à 10:50 :
et maintenant de la publicité subliminale - il manque juste le lien ;-)
la métaphore est brillante, je me rue sur ladite webradio...
a écrit le 09/11/2012 à 9:21 :
Pour investir dans la recherche, l'innovation...il faut des moyens, et donc d'abord baisser le coût du travail pour restaurer les marges des entreprises et leur permettre d'investir.
par ailleurs, un moyen simple pour l'état, de baisser les dépenses, c'est d'augmenter le temps de travail des fonctionnaires: avec un temps te travail de 41h00 comme en Allemagne on "gagnerait" ( hors enseignement) 6 à 700.000 emplois !
Que d'argent dégagé pour la culture, la recherche, les hôpitaux, la sécurité...
Réponse de le 09/11/2012 à 9:29 :
c'est une autre piste pour le fiancement des aides. Il y a une augmentation marginale de la TVA (19.6 a 20%), des economies budegatires pas facile à faire et peut etre un allongemnt du temps de travail à condtion que celui ci ne tue par l'emploi bien sur
a écrit le 09/11/2012 à 9:15 :
heureusement que la subtilité du CI prposé est plus que juste le decallage mentionné. Il faudrait regarder les effets micro economiques lorsque l'on souhaite faire une anlyse poussée. Il permet de reconstruire la marge des 2013 sans cout pour le budget donc gagnant gagnant.
Réponse de le 10/11/2012 à 13:40 :
Pas exactement : il permettra d'améliorer le résultat 2013... en 2014. Ce n'est pas ça qui permettra d'investir en 2013. Ca peut permettre de distribuer des dividendes en 2014.
a écrit le 09/11/2012 à 9:09 :
je ne comprends pas la mansuétude vis à vis du projet du gouvernement. De manière objective, les mesures proposées sont à des années lumières de ce qui est nécessaire et sont, soit des poncifs, soit des mesures usine à gaz dont on s'interroge sur l'efficacité... et l'interrogation n'est jamais bonne pour mener une entreprise.
Pour une fois, le gouvernement a parfaitement intégré le marketing. Les commentateurs, conscients de la faiblesse du plan, sont néanmoins énamourés par "l'incroyable prise en compte de l'entreprise et de ses contraintes chez les socialistes". Réveillez-vous messieurs et parlons du fond...
Réponse de le 10/11/2012 à 15:04 :
Dur de réaliser que la droite politique n'a rien fait du pouvoir qu'elle a eu ces dix dernières années ?
Tu alignes les concepts mais tu ne dis rien. Quel serait-ce fond dont il manquerait l'essence ?
a écrit le 09/11/2012 à 7:34 :
A l ecole on vous apprend qu une usine a gaz consomme plus qu elle ne produit, demande des ressources enormes pour la maintenance, n est compris de personne, capote, tousse et pollue... Sortez les masques a gaz ! A se demander si nos dirigeant sont aller sur les banc de l ecole...
Réponse de le 09/11/2012 à 7:58 :
Depuis Mitterrand, nous n'avons que des gouvernants incapables et incompétents, qui ne se font élire que sur des programmes démagogiques et hors de prix....
Réponse de le 09/11/2012 à 9:18 :
assez amusant le terme d'usine à gaz pour queuque chose qui est plus simple que le CIR. Je n'ai pas entendu de volonté de remise en cause du CIR sous pretexte que c'est compliqué. ici c'est assez simple et aura un effet sur les comptes plus positif qu'une simple exo. arretons de bouder notre plaisir lorsqu'une nouvelle est bonne meme si ue autre aurait pu etre au moins aussi bonne. Ce systeme redonne de la marge aux entreprises c'est donc positif...
Réponse de le 09/11/2012 à 16:58 :
Rappelez-vous 1986, des centaines de milliers d'emplois promis contre la fin de l'autorisation administrative de licenciement. A l'époque déjà on nous bassinait que "l'absence de flexibilité dans la gestion de l'emploi décourage l'embauche". A l'arrivée, Zéro, peau de balle de l'aveu même d'Etienne Pinte, le rapporteur du projet de loi de l'époque: "ces textes n?ont donné lieu à aucune création d?emploi alors qu?ils étaient censés en entraîner 450 000".

Réf.: http://www.assemblee-nationale.fr/13/cr-soc/11-12/c1112033.asp
Réponse de le 10/11/2012 à 15:06 :
+1 à bon sens.
Réponse de le 11/11/2012 à 14:28 :
+1 pour mimiaime

J'ajoute à son exemple de 1986 en France ce qu'a fait Berlusconi en Italie : pour que les entreprises n'aient plus peur d'embaucher, il a instauré la "flexibilité" du droit du travail Italien avec un "contrat unique" tel qu'évoqué par l'auteur de l'article. Résultat (prévisible) : les entreprises Italiennes ont licencié en masse et délocalisé à outrance vers les pays de l'Est ou autres pays à bas coûts. La recherche du profit avant toute chose pour les entreprises mène à la cupidité de leurs dirigeants. Et cette évolution démentielle du capitalisme nous mènera au totalitarisme.

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