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Au pays du libéralisme… d’État !

Photo de Philippe Mabille

Philippe Mabille

Publié le 24 janvier 2014 à 06:24 - Mis à jour le 24 janvier 2014 à 06:24

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« François Hollande a donné les clés du camion au patronat et nous demande de monter dans la remorque », Jean-Claude Mailly, FO. « Parfois, il y a peu de différence entre Hollande et Sarkozy », Thierry Lepaon, CGT…

À lire ces réactions syndicales, on se dit que le « pacte de responsabilité » a du plomb dans l'aile (gauche). Ajoutez à cela la une de l'Humanité de mercredi 15 janvier, brocardant l'anaphore célèbre du candidat Hollande - « Moi, commis du patronat » - et, pour un peu, on donnerait du crédit aux attaques de la droite qui, bien embarrassée par ce « virage social libéral », affirme que le président de la République ne pourra pas appliquer son grand compromis social dans un pays aussi divisé.

En France, ce n'est pas le moindre des paradoxes, le libéralisme ne peut venir que de l'État. C'est ainsi, on peut s'en féliciter ou le déplorer, mais il est le seul acteur à même de se poser en arbitre des différences. On le voit sur le pacte de responsabilité, mais aussi, sur un tout autre sujet, avec son entrée aux côtés du chinois Dongfeng au capital de PSA Peugeot Citröen.

Par un subtil équilibre capitalistique, le constructeur automobile va avoir désormais pour actionnaires un triumvirat composé à parité (à hauteur de 14% chacun) de l'État français, d'un assembleur d'automobiles fondé en 1968 sous Mao, et de la famille Peugeot qui se voit diluée et « punie ». Un lion à trois têtes, en quelque sorte…

Avec cette opération, censée ouvrir enfin à Peugeot et Citroën un peu plus grandes les portes de l'immense marché chinois, l'État français sera l'actionnaire stable des deux principaux constructeurs automobiles nationaux. Situation inédite dans le monde, et qui montre la fragilité de notre industrie. Sans l'État, Peugeot aurait risqué de se retrouver sous l'emprise du constructeur chinois. Sans l'État à leur capital, d'ailleurs, de nombreuses entreprises tricolores pourraient basculer dans des mains étrangères.

Faisons le lien avec le pacte de responsabilité…

Pour rassurer la gauche, le président de la République a concédé la création d'un ubuesque « observatoire des contreparties », dont la mission sera de veiller à ce que les entreprises n'utilisent pas les allégements de charges supplémentaires pour augmenter les salaires des dirigeants (comme Dexia !) ou les dividendes des actionnaires. Mais bien pour créer des emplois en France. La précaution n'est pas illégitime.

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Depuis vingt ans que, avec les accords Robien sous la droite puis les 35 heures sous la gauche, l'État mène une politique massive d'allégement des cotisations sociales sur les bas salaires, les résultats sur l'emploi ne sont pas vraiment au rendez-vous.

Certes, les experts de Bercy assurent que sans cela, la situation de l'emploi, en particulier non qualifié, serait pire. Mais, si l'on fait les additions, on mesure avec effroi que la France de 2017 dépensera, y compris les 30 milliards annoncés par François Hollande, près de 50 milliards d'euros pour subventionner l'emploi.

Sans doute est-il temps, plus que temps, de demander au Medef de jouer le jeu pour que cette fois, le donnant soit vraiment donné…

Il ne faut pas se tromper dans l'ordre des facteurs

Le pacte de responsabilité vise à amplifier un peu la baisse du coût du travail afin que les entreprises puissent restaurer leurs marges, reconquérir des parts de marché à l'exportation et, in fine, embaucher.

L'État, actionnaire de PSA, mais aussi de Renault, de GDF-Suez, d'EADS, de Thales, de Safran, d'Orange, d'Air France-KLM, est bien placé pour savoir que les contreparties en emplois ne sont ni mécaniques ni quantitatives. Mais reposent sur un double pari encore hasardeux!: le retour de la confiance et celui de la croissance.

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Philippe Mabille

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